Le Cavalier Romand
01.12.2009

Dopage: la FEI suspend ses décisions de quelques mois, voire plus...

Face aux critiques et à de véritables levées de boucliers, la Fédération Equestre Internationale (FEI) a décidé de faire machine-arrière ou tout au moins de suspendre de quelques mois les décisions en matière de dopage et de produits interdits ou non votées lors de sa dernière Assemblée Générale.

La FEI a annoncé ce mardi 1er décembre que son Bureau avait passé une résolution retardant l'introduction de la nouvelle liste de produits interdits ainsi que de la liste dite "progressive" qui en autorise d'autres de quatre mois, soit du 1er janvier au 5 avril 2010 (la date du 1er avril eût sans doute par trop ressemblé à un Poisson...). Cela pour permettre un débat et à la FEI de procéder à un certain nombre de consultations concernant la liste des mille et quelque produits non-autorisés et surtout la liste des anti-inflammatoires et analgésiques nouvellement autorisés.
A Copenhague, le 19 novembre, le vote s'était fait dans une certaine confusion et la liste dite "progressive" n'avait été soumise qu'une petite semaine avant l'AG, là où un mois semble nécessaire (article 2. 2.) selon certains. On sait que beaucoup de Fédérations, européennes notamment, étaient totalement opposées à la légalisation de produits anti-inflammatoires non stéroïdiens, estimant que des chevaux malades pourraient à l'avenir concourir.
Dans un communiqué, la FEI reconnaît que cette décision peut être en contradiction avec des lois en vigueur dans certains pays. Et que la réintroduction du phénylbutazone (communément appelé butazolidine), interdit depuis 1993, mérite discussion, que certaines craintes sont légitimes et qu'un débat doit avoir lieu. La présidente de la FEI, la Princesse Haya de Jordanie (photo), dit ainsi "prendre très sérieusement en compte les remarques faîtes depuis l'Assemblée Générale". Et de reconnaître que tout cela "a totalement porté ombrage à la campagne pour un sport propre , un travail remarquable entrepris par les Commissions du Dr Arne Ljungqvist et de Lord Stevens".
De vives oppositions
La veille, la Fédération britannique (BEF) avait demandé un moratoire, jugeant la liste dite progressive dangereuse pour le sport. Un sentiment partagé par les Allemands, les Irlandais ou les Suédois (les Suisses aussi, même s'ils n'ont pas publiquement affirmé leur position). En revanche, la Fédération américaine (USEF) a apporté son soutien à cette liste, tout en demandant le report de son application, craignant notamment un boycott de certaines nations européennes aux Jeux Mondiaux 2010 du Kentucky...
De nombreux vétérinaires ont vertement critiqué cette liste progressive, même si celle-ci a été élaborée avec l'aide de plusieurs spécialistes, dont le directeur du laboratoire de Newmarket. Vétérinaire du Haras de Zangersheide, le Dr Leo de Baker, est un des seuls à la défendre à haute voix.
Le Dr Leo Jeffcott, ancien responsable de la Commission vétérinaire de la FEI, est à la tête d'une liste d'opposants vigoureux et il a écrit à la Princesse Haya. Le Dr Fred Barrelet, grand spécialiste des épreuves d'endurance, et 19 autres vétérinaires, ont dit redouter le pire pour l'endurance, certains produits autorisés pouvant se révéler dangereux pour cette discipline et pour les chevaux.
Comme Sven Holmberg, le 1er vice-président de la FEI, Frank Kemperman, le président de la Commission FEI de dressage et directeur du CHIO d'Aix-la-Chapelle, a aussi dit son opposition à cette liste dite "progressive". Les organisateurs du CHIO d'Aix-la-Chapelle envisagent d'organiser leur manifestation sous les anciennes règles. Le pourront-ils, la FEI effectuant les contrôles et les échantillons étant envoyés au laboratoire de Newmarket, où les prescriptions de la FEI seront de mise? Hugh Thomas, le directeur du CCI**** de Badminton, est également très mécontent.
On le voit, la polémique fait rage et cette suspension de quatre mois ou plus, va peut-être permettre de le reprendre un peu plus sereinement. Mais quatre mois, c'est sans doute court pour mettre tous ces acteurs du sport d'accord, eux qui semblent si opposés aujourd'hui. Et surtout pour trouver la meilleure solution pour le bien-être des chevaux.
Alban Poudret
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