Harry Charles (GBR) riding LT Holst FredaFEI Jumping World ChampionshipThird Competition Individual FinalLONGINES-Prize Aachen 2026© FEI/Leanjo de Koster Harry Charles était deux fois en argent avec sa géniale Frieda aux Mondiaux d'Aix-la-Chapelle. © FEI/Leanjo de Koster

Harry Charles : les chevaux, le golf, mais pas seulement !

Trois semaines après avoir décroché deux médailles aux Jeux mondiaux d’Aix-la-Chapelle, Harry Charles était au CSI 4* d’Ascona, en famille, avec trois chevaux et ses clubs de golf, mais le sympathique Britannique a trouvé le temps de répondre à nos questions.

En juin 2022, Le Cavalier Romand avait consacré trois pages à Harry Charles, alors n°1 mondial des « moins de 25 ans », comme l’est aujourd’hui un certain Thibeau Spits, son camarade de podium, tant individuel que par équipe, aux derniers Mondiaux d’Aix-la-Chapelle. Six fois médaillé européen chez les juniors et les jeunes, Harry, 4e de la finale de la Coupe du monde 2022, attendait alors encore sa première médaille chez les grands. Cela n’allait pas tarder...
En quatre ans, l’Anglais né à Belfast le 15 juillet 1999 a encore fait beaucoup de chemin, récoltant du bronze avec son équipe aux Mondiaux 2022 à Herning, de l’or avec Scott Brash et Ben Maher aux JO de Paris- Versailles et deux fois le bronze cet été aux Mondiaux d’Aix, sans compter ses succès en Grand Prix. « L’or olympique et piloter (un avion !), mes deux rêves », disait-il dans notre interview. Quatre ans et une olympiade plus tard, il a déjà plus que partiellement atteint ses buts.
Nous avons voulu l’entendre après son double exploit d’Aix-la-Chapelle, en toute décontraction, lors du CSI 4* d’Ascona. Quand il s’aperçut que son épouse, Eve Jobs, allait bientôt s’élancer avec Good Star du Bary, le merveilleux gris acquis peu après sa victoire à Bordeaux et une finale de Coupe du monde en demi-teinte avec l’Irlandaise Jessica Burke, il poursuivit. L’Américaine avait eu des problèmes la veille, mais Harry dit avec un flegme très british : « Continuons l’interview, aujourd’hui ça se passera bien ! » Ces deux-là furent effectivement sans faute : tout à la fois cool et sûr de lui, Harry !

Vous étiez très déçu après les deux premières journées aux Mondiaux d’Aix, vous pensiez que le train était passé, et pourtant, trois sans-faute sur les tours les plus sélectifs vous ont hissé sur les deux podiums. Une surprise ou non, vous qui étiez 59e le jeudi et tout juste qualifié pour la lutte individuelle (top 60) ?
Oui, mais je crois surtout que Frank Rothenberger a fait un travail stupéfiant, pour commencer de façon assez facile pour finir avec très peu de sans-faute dans la finale du dimanche. La FEI lui avait confié une tâche très compliquée les deux premiers jours, car il y avait beaucoup de cavaliers parmi les 145 au départ qui n’étaient pas au niveau requis pour des Mondiaux. Ça paraît très beau d’avoir autant de drapeaux, plus de 30 en équipes et plus de 50 avec les individuels, mais en réalité certains n’avaient rien à faire là, le système de qualification est trop permissif. On ne veut pas voir de mauvaises images pour notre sport, Frank ne pouvait donc pas demander plus jusqu’au jeudi. Et sur un terrain en herbe, même aussi bon que celui-ci, avec de la pluie, autant de concurrents (145) et d’autres épreuves (-25, etc.), c’est trop pour que ce soit fair, et donc assurer les mêmes condi- tions à tous. Alors coup de chapeau à Frank, qui a ensuite demandé le maximum aux meilleurs, c’était éprouvant pour lui !

On a fini avec trois seuls doubles sans-faute le dimanche, les trois sur le podium ?
Déjà le vendredi soir, pour la finale par équipe, c’était du sérieux. Et l’apothéose le dimanche, avec le plus haut niveau que l’on puisse demander, avec un seul cavalier sans faute de bout en bout, Steve, ce qui n’est pas une surprise évidemment, il méritait vraiment de décrocher l’or, et les trois sans-faute sur les deux manches finales sur le podium.

Avez-vous vu ses parcours ou étiez-vous trop concentré sur votre préparation ?
J’essaie toujours de regarder les parcours de Steve, c’est toujours une façon d’apprendre quelque chose. J’ai vu Dynamix les deux premiers jours depuis les tribunes, les derniers jours sur l’écran, au paddock, car je partais dans le même groupe, mais j’ai ensuite tout revu chez moi ! C’était magnifique, la victoire d’un couple, dans la décontraction et le naturel, on croyait que c’était une épreuve de style, la jument ne semblait jamais à la peine, c’était magnifique, très impressionnant, surtout sur des tours aussi sélectifs.

Dans la dernière manche, après la chute de Scott Brash et l’élimination d’Abdel Saïd, étiez-vous subitement inquiet, soucieux du parcours ?
Non, j’étais très confiant grâce à l’impression laissée par ma jument au premier tour et aussi après avoir reconnu ce parcours. Je n’aime pas voir mon coéquipier et ami tomber, bien sûr, je savais que la moindre erreur serait coûteuse, mais je n’ai pas changé mes plans et je savais que Frieda pouvait le faire.

Quel est la suite de votre programme ? Pensez-vous reprendre Frieda pour la Finale des Nations, début octobre à Barcelone, ou serait-ce trop tôt ?
Non, elle a eu une longue semaine intense à Aix-la-Chapelle, là, c’est repos, elle est au pré ! Surtout que je ne la montais que depuis trois mois à peine. Eve l’avait acquise après la finale de la Coupe du monde, elle l’a essayée, puis à pensé qu’elle irait bien pour moi. Frieda a donc dû apprendre à me connaître, changer de système, disputer ces Mondiaux, c’est beau- coup en peu de temps.

Ce printemps, pensiez-vous pouvoir disputer les Mondiaux avec elle ? 
Franchement non ! Après le 5* d’Aix-la-Chapelle, fin mai, je me disais que je suivrais les Mondiaux devant ma télé. Eve m’a beaucoup encouragé, m’a dit « avec elle, tu peux le faire ! ». Et c’est vrai que j’ai une connexion, un lien  très spécial avec elle, je suis tombé amoureux d’elle quand on l’a essayée déjà, je demandais des nouvelles d’elle tous les jours.

La reverra-t-on cette année ? À Genève, peut-être ?
Oui, c’est le prochain grand but, j’aimerais qu’elle soit à Genève, pour le Grand Prix et j’espère aussi me qualifier pour le Top 10. Je vais donc recommencer avec elle à Lyon et essayer de marquer des points avec mes autres chevaux. J’ai demandé à ChatGPT, il faut déjà que je fasse des sans-faute à Barcelone, puis en Coupe du monde !

À Genève, vous aurez un autre rendez- vous, le Prix des Familles, le vendredi après le Top 10 ?
Oui, je sais, mon père me le rappelle sans cesse ! Il se réjouit beaucoup, il voulait monter à Ascona pour se préparer, finalement la préparation se fera à Oliva, il saute moins, mais est très motivé ! Ma sœur Sienna devrait être la troisième de l’équipe.

Votre maman ne monte pas ?
Non, à l’époque, elle a monté des poneys, mais elle est essentielle pour mes deux sœurs et moi, elle s’occupe de tout ! On essaie de lui parler aussi d’autres choses que des chevaux.

Votre père, champion d’Europe individuel en 1995 et champion olympique par équipe en 2012, est votre coach de toujours, vous êtes inséparables. N’est-ce pas trop d’avoir son père si souvent à ses côtés ?
Non, non, c’est une chance, ça ne pourrait pas être mieux. C’est vrai que ce n’est pas simple de passer du rôle de père à celui d’entraîneur, idem pour un fils, mais mon père fait ça très bien. Il ne pense qu’aux chevaux du matin au soir, c’est un homme de cheval incroyable.

Vos cavaliers-modèles, quels sont-ils ?
Scott (Brash), qui a toujours été si sympa avec moi, qui était mon premier ami dans les concours, malgré notre différence d’âge (14 ans, ndlr), il m’a donné beaucoup de temps et d’énergie, je ne l’oublierai jamais, d’ailleurs on est très proches. Ben (Maher) est un très bon coéquipier aussi. Sur le plan global, je dirais que Steve (Guerdat) est probablement l’homme de cheval et le cavalier le plus parfait. J’aimerais arriver à ça, monter de façon aussi naturelle, avec autant de senti- ment. J’admire aussi Daniel Deusser et ça change parfois, il y a des talents qui apparaissent.

Vous êtes basé en Angleterre et aux États-Unis, ailleurs encore ?
Nous sommes plus souvent en Europe, mais un peu moins en Angleterre depuis le Brexit, c’est si compliqué avec les chevaux. Eve et moi avons depuis un camp de base aux Pays-Bas, à cinq minutes de Peelbergen, où on a aussi nos jeunes chevaux, c’est idéal et très central.

Pourriez-vous imaginer faire un autre métier ?
En soi, oui. Je pense rester cavalier de compétition, mais peut-être pas aussi longtemps que d’autres. Il m’arrive de faire des breaks, c’est mieux qu’un burn out, je ne suis pas une de ces « machines » qui peut faire des 4* ou 5* tout le temps ! Je pourrais aussi m’imaginez golfeur, je suis attentivement toutes les compétitions. Ce week-end (pendant Ascona), on se balade un peu dans le coin et je regarde Spruce Meadows et aussi l’Irish Open de golf, j’adore le sport.

Propos recueillis par Alban Poudret


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