Leo Cordes et Eshet Bretz Edacurly, groomés par Linda Heiniger, se sont joué des difficultés sur le marathon des Européens d'Osorhei. © Jagoda Karpinska Leo Cordes et Eshet Bretz Edacurly, groomés par Linda Heiniger, se sont joué des difficultés sur le marathon des Européens d'Osorhei. © Jagoda Karpinska

Leo Cordes : « C’est un rêve qui devient réalité »

Quel exploit de Leo Cordes ! À Osorhei, en Roumanie, le jeune meneur neuchâtelois a écrit l’une des plus belles pages de l’attelage suisse en devenant champion d’Europe juniors à 1 poney avec Eshet Bretz Edacurly. 8e du dressage, le maréchal-ferrant de 18 ans, encadré par Michaël Barbey et Jérôme Voutaz, qu’il a groomé trois jours plus tard aux Mondiaux d’Aix, a ensuite brillamment remporté le marathon avant de s’imposer avec panache dans la maniabilité. Un sacre inattendu et inespéré pour celui qui ne chôme pas pour vivre son rêve, qu'il finance avec des créations artisanales en fers à cheval.

Leo, te voilà champion d’Europe !
Je n’ai toujours pas réalisé ! C’est un rêve qui devient réalité. Ce qui m’aide à prendre conscience, c’est tout le soutien, les nombreux messages et appels que j’ai reçu. C’est génial !

Quel était ton objectif initial ?
C’était déjà une immense fierté de me qualifier en partant de rien. Ensuite, mon but était d’être régulier sur les trois tests, car je ne pars pas du même point que mes concurrents, dont beau- coup sont des fils ou filles de meneurs. Là où on avait le plus de chance de gagner des rangs, c’est au marathon et ça n’a pas manqué. Mais de là à gagner… Je tiens vraiment à remercier mon entourage et ma groom Linda Heiniger.

Raconte-nous comment a débuté cette folle semaine.
Nous sommes partis le samedi soir. On a fait 20h de route avec une escale en Autriche, c’était une sacrée expédition. On est arrivés le lundi matin et on a découvert un terrain très, très sec. Nous avions l’inspection vétérinaire le mardi matin car avec autant de catégories, certains dressaient le mercredi déjà. Nous commencions le jeudi et nous nous sommes entraînés avec Cédric Scherrer, notre coach des cadres, le mercredi. Et là… rien n’allait ! On a fait quelques réglages et heureusement, notre dressage s’est parfaitement déroulé. J’ai réussi dès la détente à me concentrer et à travailler juste.

Place ensuite à ta discipline phare, le marathon.
De grosses chaleurs étaient annoncées, donc je me suis entraîné exprès dans ces conditions  à la maison les semaines précédentes. Mon poney était habitué et il a montré une énergie et une volonté fantastique. On est remontés à la 4e place provisoire.

Comment as-tu vécu la maniabilité ?
J’ai pris 1h30 de reconnaissance lors de laquelle, avec les conseils fantastiques de Michaël (Barbey), Jérôme (Voutaz) et Cédric, j’ai réussi à repérer chaque mètre de la ligne que je voulais choisir et où je devais accélérer ou reprendre. Et on a gagné ! La maniabilité a vraiment brassé les cartes, le marathon aussi, ce n’était clairement pas une épreuve de dressage.

Tu as ensuite directement enchaîné avec les Mondiaux en tant que groom de Jérôme Voutaz !
Exact, je suis arrivé le mardi matin chez moi et le soir même, j’ai roulé pour rejoindre Jérôme à Aix-la-Chapelle. Malheureusement, nous sommes rentrés plus vite que prévu. Le mercredi, nous repartions pour les championnats de Suisse. C’était trois semaines dingues et l’enchaînement a été fantastique. Ça fait bizarre maintenant que tout est fini.

Comment as-tu commencé à mener ?
Petit, j’avais un peu peur des chevaux (rires). Ma maman et mes deux grandes sœurs Joana et Masha montaient et nous avions des chevaux à la maison, à Montezillon/NE, à deux pas de Corcelles-Cormondrèche. Les craintes ont disparu et je m’y suis intéressé, surtout aux poneys. J’ai reçu Eshet quand j’avais 10 ans. C’était mon premier poney et il n’était ni débourré à l’attelage, ni à la selle. J’ai fait toutes mes expériences avec lui et quand je suis devenu trop grand pour le monter, j’ai commencé à l’atteler. Je n’y connaissais rien du tout car ma famille n’est pas du milieu de l’attelage. Joana, l’aînée, pratique l’équitation de loisir et Masha est cavalière professionnelle pour Bryan Balsiger. J’ai tout appris avec Fred Cachelin (décédé en 2024), aux Hauts-Geneveys/NE. J’ai passé mon brevet, puis je me suis intéressé à la compétition.

Comment as-tu fait la rencontre de Jérôme Voutaz ?
C’est Fred Cachelin qui m’a ouvert les portes. J’ai rencontré Jérôme pour la première fois quand j’avais 13 ans à un entraînement, puis je me suis entraîné avec lui tous les hivers à Avenches. Et ces trois dernières années, je l’ai suivi sur beaucoup de concours en tant que groom. En parallèle, j’ai passé ma licence et mon poney et moi avons intégré les cadres nationaux juniors l’an dernier. Avec Jérôme, j’ai énormément appris, de la gestion globale des chevaux aux détails. Donc quand j’ai fait mon premier international, c’était presque de la routine.

Et celle de Michaël Barbey ?
Grâce à Jérôme (qui s’entraîne également avec le Fribourgeois, ndlr). Je travaille énormément avec lui. Puisqu’il est aussi maréchal, je vais lui filer des coups de main et en échange, il me donne beaucoup de cours et me prend avec lui en concours avec son camion. C’est un meneur fabuleux, il amène énormément de précision et de petits réglages. J’ai beaucoup de chance de pouvoir compter sur lui et qu’il m’aide ainsi, car l’attelage coûte extrêmement cher et je suis apprenti.

Où fais-tu ton apprentissage ?
Au Haras national d’Avenches, où nous sommes très bien formés. J’ai commencé en août 2024, donc je viens de débuter ma 3e année.

Comment as-tu commencé ton activité artisanale ?
Pour intégrer l’équipe de Suisse et sortir en international, je devais changer de char, ce qui coûte environ 8'000 francs. Je ne les avais pas, pas même un centime. Je cherchais une solution quand j’ai pensé à faire quelque chose de tous ces vieux fers qui partaient à la benne chaque semaine. C’est comme ça que je me suis lancé. Mes créations ont tellement bien fonctionné que j’ai pu changer de char, puis financer une partie de ma saison. Avec un salaire d’apprenti, ce ne serait pas envisageable sans cela. 

Ce qui t’a justement permis de te qualifier pour ces championnats d’Europe !
Exactement. J’ai pu aller à Saumur, où j’ai gagné le marathon et je me suis classé 2e du général. Il y a eu ensuite le Haras du Pin (2e également).

Comment envisages-tu la suite de ta carrière ?
J’aimerais passer à cheval et évoluer en international. Depuis que je connais Jérôme, c’est un rêve de mener à quatre chevaux, mais pour le moment, ça me paraît inatteignable. Ça fait trois ans que je vois le temps et l’investissement que ça demande… c’est de la folie ! Je vais tout faire pour que ce rêve se réalise un jour. Je vais déjà aller à un cheval, je monte un budget pour cela, pour que le jour où je tombe sur un crack, je puisse le prendre. Je suis bien entouré pour trouver un bon cheval.

Prévois-tu de t’orienter plutôt vers le demi-sang ou le franches-montagnes ?
Je pense plutôt me tourner vers le FM. Jérôme et Mario (Gandolfo, champion du monde à 1 en 2024, ndlr) ont montré qu’il y avait un sacré potentiel avec cette race. Et puis je travaille au Haras, à la base du stud-book.

Ce titre de champion d’Europe peut-il t’aider pour la suite ?
Je ne m’en rends pas encore tout à fait compte, mais c’est clair que ça va être un excellent moyen de me faire connaître. J’ai d’ailleurs reçu des félicitations de plusieurs athlètes et juges internationaux, c’est vraiment sympa.

Quels sont les meneurs qui t’inspirent le plus ?
Même avec tout ce que j’ai vu sur les diverses places de concours, ça reste Michaël et Jérôme. En dressage, Michaël m’a fait progresser de dix points rien qu’en travaillant les petits détails ! Les cours de l’équipe de Suisse avec Cédric Scherrer (multimédaillé en attelage à poneys, ndlr) amènent une manière de mener différente, mais très intéressante.

Où est basé ton poney ?
À la maison, avec nos trois autres chevaux. Le plus difficile, ce sont les infrastructures. Notre région est en pente, ce qui fait que mon poney a un physique incroyable, mais pour le dressage, c’est difficile car nous n’avons que des chemins de forêt. Toutefois, on peut travailler la réactivité et le respect des aides. Je prends souvent mon poney au travail pour aller m’entraîner en fin de journée chez Michaël à Dompierre/FR, juste à côté d'Avenches. C’est une super opportunité.

Quel est ton lien avec la famille Balsiger ?
Avant de commencer avec Jérôme, je suis énormément allé au Cudret pour donner des coups de mains et travailler avec Ken. Ils m’avaient permis d’avoir un stand sur leur concours contre la boule en fers que j’ai faite pour les écuries.

Propos recueillis par Elisa Oltra


Ce week-end

À l'étranger

Mondiaux des jeunes chevaux – saut d'obstacles
Lanaken (BEL)

En Suisse

Championnats de Suisse des jeunes chevaux & Finale du Tour Romand R
Avenches (VD)

Championnats valaisans – saut & dressage
Sion (VS)

CS & championnats genevois – P/J/JC
Crête-Vandoeuvres (GE)

Nos partenaires

N'attendez plus!

Abonnez-vous!

Suivez le #CavalierRomand

Le magazine a bien été ajouté à votre panier !

Continuer sur le site Voir le panier