Thomas Fuchs à Rome. ©Alban Poudret Thomas Fuchs à Rome. ©Alban Poudret

Rencontre avec Thomas Fuchs

Entretien avec Thomas Fuchs, cavalier de saut d’obstacles, entraîneur et père de l’actuel prétendant au Rolex Grand Slam

  • À quel moment avez-vous su que Martin avait le talent nécessaire pour atteindre le top niveau ?
  • J’ai vraiment pris mesure de son talent au moment où il a passé l’âge de participer aux épreuves junior. Au départ, c’était ma femme qui l’accompagnait aux compétitions. J’y suis allé quelques fois, mais je ne supportais pas de le voir tomber, ce qu’il a fait à plusieurs reprises ! Il a toujours voulu faire du saut d’obstacles, et à l’âge de 11 ou 12 ans il a commencé la compétition sur un cheval de Renata qu’elle avait monté en Grand Prix et qui avait alors 18 ou 19 ans. Il a commencé à remporter des prix par-ci par-là, et c’est là que j’ai commencé à voir son potentiel.
     
  • Quelles qualités ont permis à Martin d’arriver où il en est aujourd’hui ?
  • Il a un rapport exceptionnel avec son cheval, et il est très calme, très posé. Il dispose aussi de compétences solides en dressage qui l’ont aidé à devenir un cavalier de haut niveau.
     
  • Qu’avez-vous ressenti au moment où Martin a remporté le Rolex Grand Prix de Genève ? Ça a dû être très émouvant pour vous.
  • Je me souviens de l’émotion qu’on a ressentie quand Martin a été sacré Champion d’Europe, on a vraiment pris conscience que quelque chose d’extraordinaire était en train de se passer. Genève a été aussi très spécial car tout le monde était là pour le soutenir, et ça a fait quelque chose à Martin de gagner une telle épreuve chez lui en Suisse.
     
  • Vous avez remporté The Dutch Masters dans les années 80. Martin fera-t-il le même exploit ?
  • Ah oui, vous avez raison ! Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, mais il est tout à fait capable de gagner, et Clooney est en bonne forme. Ce dernier n’a pas participé à un concours depuis Genève et a eu le temps de se reposer. En bonne forme, il peut faire une belle performance au Dutch Masters.
     
  • Êtes-vous nerveux quand vous regardez Martin concourir ?
  • Pour être parfaitement honnête, non : Clooney a déjà décroché de nombreux sans-faute. Je suis peut-être légèrement nerveux au moment du barrage, mais ce cheval est extraordinaire, donc en général, je suis plutôt calme. Et puis je fais entièrement confiance à mon fils et sa monture : je n’ai pas besoin d’être nerveux.
     
  • Vous êtes un marchand de chevaux renommé. Comment avez-vous découvert Clooney et les autres chevaux que vous et Martin avez montés au fil des ans ?
  • J’ai bâti au fil du temps un réseau d’amis et de connaissances qui me contactent lorsqu’ils tombent sur un cheval un peu spécial. On est allés voir d’innombrables chevaux, mais on ne trouve pas un animal extraordinaire comme Clooney tous les ans. Il faut avoir la chance de son côté, et ça a été le cas.
     
  • La première fois que vous l’avez vu, avez-vous su immédiatement qu’il deviendrait un cador de l’obstacle ?
  • Au départ, je me suis dit que c’était un beau spécimen, mais pas nécessairement que ça allait être un champion. Quand il a remporté le championnat de Suisse élite à huit ans, on s’est rendu compte qu’il avait un talent exceptionnel.
     
  • Martin a déjà eu un succès énorme à un âge précoce. Quels objectifs aimeriez-vous encore le voir atteindre ?
  • Je suis réellement fier de sa réussite jusqu’ici, il a déjà une carrière exceptionnelle et a remporté bien plus de prix que moi, même si à mon avis cela a été un peu plus facile pour lui. L’équipement est vraiment supérieur de nos jours, et puis il peut partir faire n’importe quel concours sans se demander qui va s’occuper de ses chevaux. On a la chance d’avoir un personnel formidable, qui s’occupe merveilleusement bien de nos chevaux à l’écurie, et sa mère se charge de tout le côté administratif. Tout cela lui permet de mettre tous ses efforts dans l’entraînement et les concours.
     
  • Comment le saut d’obstacles a-t-il changé selon vous depuis vos débuts ?
  • Il y a beaucoup plus de cavaliers de haut niveau dans les concours, c’est incroyable à quel point le sport a évolué. À l’époque, on avait parfois des chevaux ordinaires, mais aujourd’hui, il faut des chevaux de top niveau, ne serait-ce que pour participer. Ça n’a pas toujours été le cas. Avant, il était possible de gagner sur un cheval moyen, mais de nos jours seules sont intéressantes les épreuves les plus importantes.
     
  • Quel a été le plus grand moment de votre carrière dans le saut d’obstacles ?
  • Je suis particulièrement fier d’être l’entraîneur des deux meilleurs cavaliers au monde. En tant que cavalier, j’ai remporté beaucoup d’épreuves, mais jamais les plus grosses. Mon frère et moi, en particulier à nos débuts, devions faire beaucoup plus de choses que les personnes qui concourent aujourd’hui, comme de nous occuper des écuries nous-mêmes. Il était impossible de se focaliser entièrement sur les concours. Nous avions beaucoup d’autres responsabilités. Je crois que c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai arrêté la compétition si tôt, il y avait trop à faire. En tant qu’entraîneur pour Steve et Martin, je n’ai pas besoin d’être sur place chaque jour, mais je suis toujours présent lors des grosses compétitions et championnats, pour les rassurer un peu. Dans l’ensemble, j’ai l’impression d’avoir trouvé l’équilibre idéal entre le travail d’entraineur, mes responsabilités de père et notre amitié.
     
  • Steve et Martin sont très bon amis, mais se disputent la première place au classement mondial. Est-ce une rivalité amicale entre eux ?
  • La rivalité qui les oppose les oblige à donner toujours plus et aiguisent leur esprit de compétition, ce qui est super. Ils veulent tous les deux être numéro un et se font évidemment concurrence, mais n’en restent pas moins amis. Et bien qu’ils aiment gagner, si l’un est deuxième et l’autre victorieux, ils sont tous deux ravis car ils se soutiennent mutuellement. S’ils sont adversaires sur la piste, en privé ils s’entendent très bien ! Il y a toujours un peu de jalousie, mais c’est naturel, et c’est plutôt positif quand on évolue au plus haut niveau. C’est drôle, mais quand Martin est devenu numéro un, il m’a appelé pour me demander ce que ça faisait d’entraîner le meilleur cavalier de saut d’obstacles au monde. Je lui ai répondu que j’avais l’habitude ! Il aurait dû me demander l’effet que ça me faisait d’être le père du meilleur cavalier.
     
  • Pour conclure, si vous ne travailliez pas dans le monde de l’équitation ou du saut d’obstacles, quelle carrière auriez-vous suivie ?
  • Le monde équestre est le seul que je connaisse, j’ai commencé par un stage puis je me suis mis à acheter et à vendre des chevaux. Martin est lui aussi un homme de cheval de bout en bout. Je ne vois pas quelle autre carrière nous aurions pu suivre, lui et moi ! Comm. RGS. 

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