Steve Guerdat : « Peut-être aurai-je même plus de plaisir et un peu plus de liberté. »
Le dimanche à Aix, dans l'euphorie et la bousculade générales, on n’a pu lui poser que quelques questions, mais on a pu compléter l’interview à tête reposée, deux jours après l’exploit. Steve Guerdat a bien voulu nous accorder un moment, avant de repartir pour Bruxelles, où il entendait honorer sa participation, de façon un peu plus légère. Car après, il y aura tout de suite la finale EEF à Avenches, où Peter van der Waaij et ses potes le réclament dans la Coupe et, directement après, le fameux Masters de Calgary. L’aventure continue !
Steve, gagner ce titre mondial, qui plus est à Aix, avec plus d’une faute d’avance et surtout cinq tours parfaits, c’est fabuleux !
C’est dingue, je crois qu’il me faudra un peu de temps pour réaliser, c’est comme dans un rêve. Ma jument a été incroyable, elle a une telle classe, une telle intelligence, élégance, c’est fabuleux. Elle était encore meilleure le dimanche, après cinq tours…
Le public semblait vraiment derrière vous deux : des ovations avant et après, un silence absolu pendant vos parcours, on avait l’impression que le public vous traitait comme l’un des leurs.
En effet, j’ai eu ce sentiment toute la semaine et particulièrement le dimanche. Pas pour moi, pour nous deux, ils ressentent la classe et la légèreté de ma jument. Et, personnellement, j’apprécie le public, j’ai besoin de public, c’est aussi pour cela que j’aime les concours de tradition.
Vous avez comblé les deux seules grandes choses qui vous manquaient, Aix-la-Chapelle, son Grand Prix vous ayant souvent passé assez près, et le titre mondial.
J’ai fait d’une pierre deux coups, j’aurai mon nom sur le grand tableau de sortie de piste (il y était déjà pour ses trois victoires dans le Rolex Grand Slam, ndlr). Il n’y a du reste pas mieux que de remporter les Mondiaux à Aix, à moins d'y faire les JO ! C’est La Mecque et l'Histoire de notre sport. Il n’y a pas un jour dans ma vie où je ne pense pas à cet endroit ! Même les footballeurs nous envient un tel stade et une telle ferveur. Pendant toute la semaine, je visais encore plus de remporter Aix-la-Chapelle que d’être champion du monde, mais les deux étaient bien sûr liés. Je rêve du reste de ce titre depuis que je suis enfant. C’est pourquoi j’étais extrêmement nerveux tout au long de la semaine. Je ne serais du reste pas prêt à revivre ça dans les deux ou trois prochains mois. Je savais que ce rendez-vous là était essentiel, je sentais que je m’approchais de quelque chose de grand, même si, chaque jour, tout restait à faire pour gagner le dimanche. J’ai toujours rêvé de laisser une trace dans l’histoire de ce sport.
L’élite s’élargit, les chevaux et les cavaliers s’améliorent et pourtant, vous arrivez encore et toujours à être devant.
Oui, mais c’est de plus en plus difficile. La moindre erreur peut vous bouter hors de la finale, on l’a bien vu. Le sport devient d’un niveau incroyable, il y a tant de cavaliers et de chevaux de grande qualité, les différences deviennent extrêmement ténues. Mais ça me motive encore plus, apparemment ! Les Mondiaux n’ayant lieu que tous les quatre ans, je me disais que je devais absolument profiter de la chance immense que j’ai de monter une jument comme Dynamix de Bélhème.
« Je rêve de pouvoir monter Dynamix aux JO de Los Angeles, elle aura 15 ans. »
Et maintenant, comment voyez-vous la suite ?
Je suis sûr que la passion va rester, celle des chevaux comme des concours. Je vais vivre une période un peu plus calme, mais ça va revenir et je pense que vous me reverrez encore pendant des années.
Et deux jours plus tard…
Steve, encore quelques questions sur cet historique dimanche 23 août. En début de seconde manche, quand vous avez vu ou entendu que Scott Brash et Abdel Saïd étaient éliminés, avez-vous eu une inquiétude, un doute sur le parcours ou pas ?
J’avoue que le triple n’avait pas une très belle tête, il était un peu inquiétant et ces images de chute, on n’aime pas les voir, j’ai donc tourné la tête. Ceci dit, Scott n’était pas bien entré, donc il fallait vraiment soigner l’abord de cette combinaison et ne pas faire d’erreur, mais je n’ai pas changé la décision prise lors de la reconnaissance du parcours. Le double fatal à Abdel, je ne l’ai pas vu, car la télé de la place d’entraînement s’était éteinte. Peter et Martin m’ont averti que ce double de droits faisait beaucoup de fautes et j’ai donc opté pour 9 foulées plutôt que 8 pour l’aborder soigneusement.
À qui ou à quoi avez-vous pensé quand vous avez franchi la ligne d’arrivée ou entamé votre tour d’honneur sous les ovations du public ?
C’est comme si une chape de plomb s’était envolée, beaucoup de légèreté dans l’air, et des images qui défilaient, beaucoup de pensées, de reconnaissance.
48 heures après, êtes-vous redescendu de votre nuage ?
Non, heureusement pas ! Un peu fatigué, mais heureux !
Et pour le Masters de Calgary, vous pensez emmener Venard de Cerisy et Albführen’s Iashin Sitte ?
Oui, c’est toujours le plan.
Et après cette série royale, un peu de repos et de recul ?
Là aussi, c’est le plan. Plutôt à la maison, pour monter des jeunes chevaux et un peu de vacances, avec les copains. J’aimerais être plus soft jusqu’à l’étape Coupe du monde d’Oslo, voire même jusqu’à Lyon.
La Coupe du monde reste tout de même un objectif ? Vous appréciez ce circuit et la finale sera à Göteborg, où vous avez triomphé deux fois en finale. Les organisateurs ont du reste fait une news pour demander votre présence !
Ah bon ? Oui, je tenterai ma chance sur le circuit Coupe du monde. Je laisserai Dynamix au repos plutôt jusqu’à Genève et je ne pense pas la mettre dans plus d’une qualificative Coupe du monde cet hiver, mais je n’exclus pas de la monter à la finale. Les organisateurs mériteraient d'avoir une telle jument au départ de leur finale. On verra en temps voulu entre elle et Iashin.
L’idée, c’est de faire peu de concours avec Dynamix, mais le plus longtemps possible ?
Je rêve de pouvoir la monter aux JO de Los Angeles, elle aura 15 ans, elle est si exceptionnelle, mais je veux bien sûr la ménager d’ici là. Elle a fait très peu de concours ces deux dernières années, elle n'est qu'à peine au milieu de sa carrière si on regarde les kilomètres de compétition.
Vous nous aviez presque fait peur en nous parlant de ce nouveau chapitre à venir, les grands événements vous font-ils toujours rêver ?
Oui, j’ai simplement bouclé une boucle, donc je dois voir comment je réagis ces prochains mois, par rapport à mon mental. Après les JO de Londres, il y avait quand même eu un vide, mais je pense que j’aurai la même envie et le même plaisir. Peut-être même plus de plaisir et un peu plus de liberté.
À Aix, vous aviez une physio à vos côtés pour soigner votre dos ?
Oui, je fais de la physio tous les jours quand je suis à la maison et je me disais que la semaine serait longue et éprouvante. Karin, qui travaille avec Goran, mon coach physique, a bien voulu venir une semaine. Evelyne (Niklaus, la directrice sportive de Swiss Equestrian) était prête à ce qu’elle œuvre quinze jours, pour toutes les disciplines, car on a toujours un ou une physio aux JO et aux Mondiaux, mais elle n’a pu se libérer qu’une semaine. Karin m’a bien aidé, tout en étant aussi à disposition de mes coéquipiers, des cavalières du para-dressage et des meneurs. Elle s’est aussi occupée de notre maréchal, Julien Houser.
À ce propos, Dynamix n’a pas déferré une seule fois de la semaine, n’est-ce pas ? Ça a aussi son importance ?
On a la chance d’avoir le meilleur maréchal du monde, ça aide et plusieurs cavaliers étrangers lui ont aussi demandé de l’aide.
Propos recueilllis par Alban Poudret










