Choisir entre le poney et le cheval, un dilemme de taille pour de nombreuses jeunes cavalières ! © photobujard.com Choisir entre le poney et le cheval, un dilemme de taille pour de nombreuses jeunes cavalières. Et deux bonnes écoles, avec leurs avantages. © photobujard.com

Poneys ou children : telle est la question !

À l’aube de leur carrière, les enfants (et de facto leurs parents) sont face à un choix parfois cornélien. Quel circuit privilégier pour s’amuser, progresser, réussir la transition vers les juniors et pourquoi pas, viser un jour le haut niveau ? À 12 ans, deux options s’offrent aux jeunes : les poneys (jusqu’à 16 ans au maximum) ou les children (jusqu’à 14 ans). Deux catégories que l’on tend à opposer, mais qui se veulent à la fois complémentaires et de belles écoles de vie… pour autant que l’on suive certains principes de base.

Historiquement, les poneys sont bien ancrés dans les sports équestres modernes. En effet, les épreuves poneys ont été reconnues par la Fédération équestre internationale (FEI) en 1972 et le Poney Sport Romand a été créé en 1975. Cinq ans plus tard avait lieu le premier championnat d’Europe. En plus de cinquante ans, deux cavaliers s’étant fait un nom dans le saut d’obstacles mondial ont décroché l’or à l’occasion de ces Européens : l’Irlandais Bertram Allen, sacré en 2010 à Bishop Burton (GBR), et le Britannique Jack Whitaker, en or en 2016 à Aarhus (DAN). On retrouve aussi parmi les médaillés ou bien placés le triple vainqueur de la Coupe du monde Marcus Ehning, les champions olympiques par équipe Malin Baryard-Johnsson et Harry Charles ainsi que les Helvètes Faye Schoch, deux fois en or aux Européens avec Machno Carwyn, et l’olympien Edouard Schmitz.
En concours complet, rien de moins que la championne olympique Julia Krajewski (2001), la championne du monde Yasmin Ingham (2013) ainsi que Cathal Daniels (2012) et Calvin Böckmann ont décroché l’or individuel ! La géniale Britannique Laura Collett et le Suisse Felix Vogg étaient (régulièrement) bien placés. En dressage en revanche, seul Sönke Rothenberger, en or par équipe aux Jeux de Rio et aux Mondiaux de Tryon, avait brillé chez les poneys en montant sur la plus haute marche du podium en 2008 à Avenches/VD. Parmi les cadres suisses  actuels, l’olympienne Estelle Wettstein, qui alternait avec brio saut et dressage (8e en 2012), et l’actuelle leader de l’équipe de Suisse Charlotta Rogerson ont été formées dans ce circuit.

Alterner, la bonne option des plus chanceux

De son côté, la catégorie children, créée en 2006, a aussi accouché de quelques stars comme le Belge Gilles Thomas, double médaillé aux Européens de La Corogne, ou encore Zoé Conter, victorieuse en GP 5*. La première championne d’Europe de l’histoire ne fut autre que la Bretonne Margaux Rocuet, qui gagna le Derby de Dinard en 2019 et forma une certaine Dubai du Cèdre. Quant à Harry Charles, Nina Mallevaey, n° 7 mondiale, et Lisa Nooren, championne d’Europe children en 2011, ils ont alterné les deux circuits avec succès.
En Suisse, c’est aussi le cas de Victoria Bek. La Genevoise a disputé les Européens poneys en 2024, puis children en 2025 – avec le bronze par équipe –, et vise à nouveau cette année les championnats d’Europe poneys avec son gris Boléro de Tirepeine. Un aller-retour qu’avait aussi fait à l’époque Mégane Moissonnier, que le chef d’équipe tricolore Olivier Bost était allé rechercher pour l’équipe poneys après ses succès avec les children. « J’avais négocié pour qu’elle puisse monter Jimmerdor de Florys (le fantastique étalon gris qui ne compte pas moins de sept Européens à son actif, ndlr) », avait-il dit à nos confrères de StudforLife.

« Poney ou cheval, le plus important, c’est le contact avec l’animal. »

Ce type d’aller-retour ne s’inscrit pas forcément dans la logique des choses, mais il permet aux jeunes de viser les championnats (qu’ils soient régionaux ou européens) durant deux ans supplémentaires, la transition entre les children et les juniors étant conséquente. En effet, rares sont les cavaliers à être parvenus à atteindre directement l’élite juniors dans l’année de leurs 15 ans. « Si on reste à cheval, il y a un vrai trou entre les children et les juniors. Pour résoudre cela, on pourrait selon moi continuer les children jusqu’à 15 ans », suggère Christian Sottas, qui fut entraîneur de la relève helvétique durant de nombreuses années.
« Quand les jeunes reviennent à poneys après les chevaux, ils ont une belle expérience, mais certains ont un peu perdu le côté magique du poney. Je pense aussi que les children devraient continuer jusqu’à 15 ou 16 ans afin que les enfants puissent choisir un cheminement logique. En revenant aux poneys, il y a une sorte de cassure alors que tout le début du cursus, avec les poneys A, B, C puis enfin D est progressif », complète Chantal Wipraechtiger, présidente du Poney Sport Romand.

Les poneys, de vrais petits chevaux

Vladya Reverdin Océan des As, fils du SF Vert et Rouge, fut le grand complice de Vladya Reverdin il y a une quinzaine d’années avant de devenir champion d’Europe individuel et par équipe.

Passer des chevaux au poneys n’est pas un obstacle insurmontable si l’on peut compter sur un poney dit « moderne ». En effet, grâce à l’évolution de l’élevage, les meilleurs poneys ressemblent désormais à s’y méprendre à de petits chevaux. « On ne voit plus autant de connemaras qu’à l’époque. Désormais, presque tous les meilleurs poneys ont des origines de chevaux avec des étalons qui ont de la taille. Je me souviens bien d’Océan des As (le fidèle partenaire de la Vaudoise Vladya Reverdin dans les années 2010, qui fut ensuite champion d’Europe individuel et par équipe avec Ingemar Hammarström puis Tom Wachman, ndlr) : il avait des foulées de 4m50 ! », raconte Christian Sottas. « Avec ce type de poneys, cela ne fait aucune différence dans l’équitation. Les jeunes apprennent comme avec un cheval. En revanche, si on a un poney qui n’a pas assez de foulée, le cavalier va s’habituer à trop pousser », complète Michel Pollien qui a conduit plusieurs élèves aux championnats d’Europe.
Les deux coachs relèvent aussi la générosité du poney qui aura tendance à facilement pardonner les erreurs de son cavalier en piste, lui rendant service sur le moment, mais pas à long terme. Si les poneys ont parfois la réputation d’être des petits filous, ils n’en sont pas moins plutôt joueurs et faciles en piste. « En 20 ans, j’ai peut-être vu trois poneys têtus ou qui n’avaient pas envie de jouer le jeu », constate Chantal Wipraechtiger.

Une catégorie versus un univers

Évoluer sur les deux circuits en parallèle demande donc un peu d’adaptation. « Pour moi, les triples comme aux Européens, c’est un peu long et ça m’est arrivé parfois de devoir me réhabituer en passant du cheval au poney ou inversement. L’avantage, c’est que je connais mon poney par cœur », explique Victoria Bek.
Pour la Genevoise, il y a du positif dans les deux catégories : « Je dirais qu’il y a peut-être un peu plus d’amusement à poney ou du moins… que je me pose moins de questions ! Et puis, j’ai rencontré des tas de gens dans cet univers. Un avantage des children, c’est qu’on est toujours mélangé aux juniors et aux jeunes cavaliers lors des internationaux. On apprend beaucoup. »
En Europe, les deux catégories n’en sont pas au même stade de développement. En France, en Angleterre et en Irlande, les poneys sont une religion et les enfants de vrais fanatiques du circuit. Tous les pays européens ont toutefois développé progressivement la catégorie children. En Suisse, faute de cavaliers, les children sont souvent incorporés aux juniors – lors des joutes du Swiss Team Trophy et aux championnats romands – ou aux adultes à l’occasion des épreuves B/R/N. Et il n’existe que deux championnats spécialement dédiés, le championnat de Suisse et les Swiss Children Masters.

« Les petits gabarits doivent vraiment faire du poney afin d’éviter les accidents. »

Grâce notamment à l’impulsion du Poney Sport Romand, les poneys jouissent d’un vrai circuit annuel. À celui-ci s’ajoutent les championnats de Suisse (ou la Coupe Suisse PSR) ainsi que les championnats romands et cantonaux. Et il y a deux ans, la Swiss Pony Academy a également été créée pour soutenir les jeunes. Cette émulation permet de créer un vrai esprit « poneys » et un microcosme de passionnés. « C’est un monde où se créent de belles relations entre les enfants. Si je prends l’exemple des soirées PSR, les jeunes échangent sur leur tenue, font les DJ et dansent toute la soirée, c’est la folie. Et en concours, quand il manque quelqu’un dans une épreuve par équipe, ce n’est jamais un souci de trouver un copain d’une autre écurie pour dépanner. Certains font même des équipes mixtes de leur plein gré », explique Chantal Wipraechtiger.
Si les liens tissés à poneys et les souvenirs restent pour la vie, il faut aussi relever – que ce soit sur les places de concours romandes ou à l’étranger, comme le soulignait Lisa Nooren pour les Pays-Bas –, que l’ambiance est souvent ternie par des parents trop impliqués et compétitifs entre eux. Cela à un degré qui dépasse de loin l’innocence des enfants et qui ne se retrouve pas tellement chez les children.

Le budget comme principal argument

Les children permettent aux cracks de connaître une seconde carrière comme c’est le cas de Fuego de la Closière, classé jusqu’en 150 avec Jane Richard avant de faire le bonheur de son fils Noah. © equitaris.de/R Les children permettent aux cracks de connaître une seconde carrière comme c’est le cas de Fuego de la Closière, classé jusqu’en 150 avec Jane Richard avant de faire le bonheur de son fils Noah. © equitaris.de/R

Lors de la création de la catégorie children il y a dix ans, l’idée était d’offrir une alternative aux enfants trop grands pour les poneys et trop jeunes pour les juniors, mais pas seulement. « Les children ont été mis sur pied parce que les poneys coûtent très, très cher ! C’était aussi l’occasion de donner une seconde carrière aux chevaux des parents par exemple », explique Michel Pollien. À titre de comparaison, pour le sport d’élite, on peut imaginer, en travaillant dur, participer aux championnats d’Europe children (130 cm) avec un cheval d’âge ou acquis pour un (conséquent) nombre à cinq chiffres. Pour les poneys, on ne peut rêver d’Europe (135 cm) sans une monture à plusieurs centaines de milliers de francs… « Le circuit children accorde selon moi un peu plus de place au talent et au travail face aux moyens financiers », avait dit alors la Néerlandaise Lisa Nooren à StudforLife.
Chez les children aussi, les prix ont pris l’ascenseur et l’on ne voit plus tellement de « vieux chevaux de concours à papa » au plus haut niveau. Quant au fait de considérer le cheval de children comme un investissement à long terme en vue des catégories juniors ou jeunes cavaliers, l’argument doit être nuancé selon Michel Pollien : « Pour les enfants, il faut des chevaux gentils, avec un peu d’âge et d’expérience. Et ils vont encore les user un peu, ce qui est tout à fait normal. Mais cela arrive parfois de faire toutes les catégories avec le même cheval. » Pour les poneys, l’un des avantages est que ceux-ci ont plusieurs carrières avec différents cavaliers. Ils peuvent donc être revendus facilement et la location est monnaie courante, un vrai plus pour les budgets raisonnables.

Et la taille comme élément déterminant

Outre l’aspect financier, la taille de l’enfant fera pencher la balance pour l’un ou l’autre. « Les petits gabarits doivent vraiment faire du poney afin d’éviter les accidents », met en garde Christian Sottas, repris en écho, par Michel Pollien : « Les tout petits sur des grands chevaux, qui ont un gros coup de saut, se font catapulter et ça les crispe. Et ce n’est aussi pas évident pour s’en occuper à côté. » Un point d’ailleurs essentiel pour le quintuple champion romand élite : « Le plus important, c’est le contact avec l’animal. Plus tu passes de temps avec lui, plus il te donne. Les grandes choses qu’on fait dans la vie, c’est avec ses amis et ça, beaucoup l’ont oublié. Ensuite, si un enfant est fanatique des poneys, il serait bête d’insister pour le mettre sur un cheval. Il ne faut rien faire à contre-cœur. Dès le moment où les enfants n’ont plus de plaisir, c’est fini. »
Alors au moment de faire un choix, il n’y aurait pas vraiment de règle fixe selon Christian Sottas : « Ce sont deux bonnes écoles, pour autant que l’on apprenne juste, en construisant son équitation et non en allant à fond ! ». Même constat chez Chantal Wipraechtiger : « Les poneys sont une bonne école de vie, mais ils doivent aussi proposer une formation solide. Enchaîner les épreuves au chronomètre ne sert à rien, c’est pourquoi nous nous sommes battus pour développer les épreuves de style. Et cela porte ses fruits. En début d’année, à Müntschemier, les entraineurs alémaniques étaient impressionnés du niveau de nos jeunes, ils ont même dit que leurs candidats à la licence n’étaient pas aussi bons que nos cavaliers poneys. »
Que l’on opte pour les children ou les poneys, l’important est donc de bien se former, mais même avec une base solide, les paliers suivants sont de plus en plus hauts et difficiles. Briller à 13 ans ne garantit pas une carrière à haut niveau et inversement. L’important ne serait-il finalement pas de prendre du plaisir à chaque étape ?

Elisa Oltra


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