Règlements FEI : du stretching à haut niveau ?
Dans le cadre de la révision complète du règlement international de dressage, il a été proposé lors du Forum Sportif de la FEI (lire aussi en p. 10-11 du n° de mai) d’inclure de nouvelles figures démontrant le relâchement et la légèreté dans les programmes. Retour sur les discussions lausannoises et pointage avec notre experte romande de la discipline Antonella Joannou.
Après le saut d’obstacles l’an dernier, c’est au tour du dressage de voir son règlement disséqué par les divers groupes d’experts (comité technique, groupe d’action stratégique, groupe d’éthique et de bien-être, etc.) convoqués par la Fédération équestre internationale (FEI). Une opération d’envergure dans une discipline qui se doit d’évoluer pour renouer avec la confiance du public, y compris le plus averti, et retrouver ses lettres de noblesses, ternies par plusieurs tristes affaires ces derniers temps.
Ce faisant, la FEI mise sur une stratégie 2027 centrée sur le « développement du cheval en tant qu’athlète heureux, dans un état physique et mental positif et à travers une éducation harmonieuse ». Selon l’organisation faitière, le calme et la souplesse ainsi qu’une compréhension parfaite avec le cavalier, basée sur une relation de confiance, doivent composer la nouvelle ère du dressage en tant que sport de compétition.
Le 15e Forum Sportif de la FEI était l’occasion idéale de prendre la température de plusieurs idées résultant du processus d’élaboration du règlement. Parmi les propo- sitions, celle d’inclure des mouvements démontrant la souplesse, l’équilibre et le fameux « self carriage » (la capacité à se tenir/porter seul) du cheval a connu un vif succès. Ces mouvements ont été désignés selon les termes « stretching in a long rein in trot » (trotter avec les rênes longues) et ne doivent pas être confondus avec l’extension d’encolure lors de laquelle le contact est maintenu. Ils existent déjà dans les tests individuels children et juniors (« let the horse stretch on a long rein »), mais disparaissent des tests aux échelons supérieurs.
Rompre la dépendance à la main
Dans la pratique, il s’agit durant plusieurs foulées, souvent sur un demi-cercle, de laisser les rênes lâches et de rompre le contact mains-bouche. « Cela démontre que le cavalier n’exerce pas le contrôle uniquement avec ses mains et qu’il n’est pas en train de porter ou de « coincer » son cheval », détaille Antonella Joannou, cavalière de Grand Prix et membre de l’équipe de Suisse aux Européens de Göteborg (2017) et aux Mondiaux de Tryon (2018).
Pour cette dernière, on ne peut d’ailleurs pas tricher lorsque l’on effectue ces mouvements : « Si tout est bien fait en amont, le cheval accepte volontiers cette rupture momentanée du contact. Un cheval qui se porte lui-même peut être « débranché » à tout moment. En revanche, si ce n’est pas le cas, le cheval va se jeter en avant, sortir de la main, lâcher sa nuque voire s’arrêter. Peut-être que cet exercice annulera certaines images que l’on ne veut plus voir, comme des chevaux un peu trop armés, à qui l’on demande beaucoup d’expression tout en les retenant en utilisant le frein, et non la bonne harmonie. »
« Le stretching permet de prouver que tous les réglages sont bien faits. »
Preuve qu’elle tient à cet ajout et que la démarche a été pensée avec sérieux, la FEI a présenté lors du Forum des vidéos tournées à Warendorf, fief de la fédération allemande, la semaine précédente avec comme cobaye une cavalière -25 et… rien de moins qu’Isabel Werth et Wendy de Fontaine ! À l’issue des essais, les experts présents notaient une belle qualité du passage intervenant après ce moment de relâchement. « Pour le cheval, le mouvement n’apporte pas de réconfort particulier car il y a cette rupture qui peut être déstabilisante. Par contre, pour le couple, ces moments peuvent permettre de rafraîchir une collaboration potentiellement devenue lourde. Et surtout, à mon sens, l’exercice amène quelque chose en plus pour les juges, les stewards, le cavalier et le public car il permet de prouver que tous les réglages sont bien faits », poursuit la Genevoise pour qui montrer l’expression naturelle du cheval est aussi appréciable.
« On veut un vrai changement »
L’argument de la perception du public fut l’une des priorités du panel d’experts présent à savoir la Palestinienne Diana Al Shaer, nouvelle membre élue du comité à la FEI et participante aux Mondiaux de Herning (2022), l’Américain George Williams, qui a monté la Finale Coupe du monde 2003 et fait partie du groupe de travail, sa collègue Monica Theodorescu, que l’on ne présente plus, et le Français Raphaël Saleh, président du jury aux Jeux olympiques de Paris 2024. « Le dressage a vécu une période difficile avant les Jeux notamment et on veut un vrai changement. Cela passe par la démonstration de la souplesse de la ligne supérieure et une non-dépendance du cheval à la main du cavalier », a développé le Mosellan, appuyé par ses collègues.
Pour Monica Theodorescu, ces mouvements, utilisés lors des entraînements, démontrent clairement que le cheval travaille correctement. « Tous mes élèves le pratiquent régulièrement, mais ils se focalisent logiquement sur les mouvements demandés en concours. Or, on doit pouvoir montrer cela en reprise ! On veut changer et promouvoir le changement », a dit la multimédaillée allemande, appuyée par George Williams pour qui ces nouvelles règles sont aussi une bonne manière de montrer que les parties prenantes se sentent réellement concernées.
Bien que favorable aux propositions, le secrétaire du club des cavaliers de dressage Klaus Roeser s’est inquiété de la manière de gérer la situation si, dans le cas d’un stretching, le chanfrein du cheval passait derrière la verticale. Dans ce cas-ci, Raphaël Saleh a expliqué qu’il s’agirait de faire la différence entre un cheval qui passe derrière la verticale « car il ne veut pas prendre le mors auquel cas, il s’agirait d’une erreur majeure et nous devrons vraiment descendre la note du couple » et un cheval qui « cherche son mors, s’étire et passe brièvement derrière la verticale ». Ce à quoi Monica Theodorescu a complété : « Il nous faudra former correctement les juges, tenir compte de l’impression générale du couple et définir ce qui est réellement considéré comme derrière la verticale versus un chanfrein légèrement derrière, mais avec un angle pas trop fermé derrière les ganaches. » Les parties prenantes ont jusqu’au 7 septembre pourfaire part de leurs remarques puis la FEI publiera le 6 novembre la version finale du règlement qui sera soumis au vote lors de l’assemblée générale de décembre. Elisa Oltra












