La pétillante genevoise Frédérique Fabre Delbos et sa jument de tête Too Wicked Z. © Elisa Oltra La pétillante genevoise Frédérique Fabre Delbos et sa jument de tête Too Wicked Z. © Elisa Oltra

Technique avec Frédérique Fabre Delbos : la complicité au centre !

Cavalière de Grand Prix, coach et propriétaire du manège d’Évordes, Frédérique Fabre Delbos nous ouvre une fenêtre sur sa philosophie de travail avec les chevaux, héritée des plus grands.

Quiconque ayant déjà côtoyé Frédérique Fabre Delbos pourra le confirmer, la Genevoise est un personnage ! Franc-parler, humour, détermination et bonne humeur font partie de sa personnalité à la fois drôle, attachante, réfléchie et éminemment intéressante. Alors au moment de se tourner vers elle pour notre rubrique technique, notre intuition allait rapidement se confirmer : avec « FFD », pas de méthode toute faite, mais du sentiment, de la rigueur, de l’adaptation et nombre de préceptes pour guider une équitation à la fois libre mais cadrée, héritée d’un cursus dans lequel elle a travaillé avec certains des plus grands noms du saut d’obstacles français. Si la future jeune retraitée (elle fêtera ses 65 ans le 28 août, mais n’est pas près de ranger ses bottes !) s’est montrée plus discrète ces dernières années, elle fait partie des quelques Romands à avoir monté certains des plus beaux concours de la planète. Avec Prévert van sint Maarten et surtout son puissant Nirvana Basters, elle a honorablement disputé le Grand Prix Rolex de Genève en 2013, après une superbe 4e place dans l’épreuve des combinaisons (160 cm). À cela se sont ajoutés une participation (et des classements !) au CSI 5*-W de Göteborg, au CSIO 5* d’Hickstead, à plusieurs CSIO 3* et CSI 4*.

De Marc de Balanda à Éric Navet

Fille d’un papa marseillais et d’une maman suisse, Frédérique Fabre Delbos a grandi à Paris où elle obtient son baccalauréat à 16 ans, fréquente les bancs de l’université à 17 ans (!) et décroche sa maîtrise de gestion à 20 ans. Son cursus équestre débute chez Marc de Balanda, le père de Gilles, qui fut cavalier et écuyer du Cadre noir de Saumur. « C’était un peu à la cow-boy, on sautait sans selle, par tous les temps, ça m’a donné de la moelle, bien que ce n’était pas ce dont j’avais le plus besoin (rires) ». Sentant la nécessité de se canaliser, Frédérique Fabre Delbos s’oriente vers le technicien fédéral Daniel Biancamaria, « qui m’a rendue plus sérieuse et moins fofolle ».  Par la suite, elle travaille avec Xavier Delalande, qui lui inculque le côté mental et la sensibilité du cheval, puis avec le sélectionneur de l’équipe de France Patrick Caron, avec qui « c’était mathématique et rationnel ». De ces expériences, l’amazone a tout gardé, en tête et sur des pages de notes. Lorsqu’elle s’installe en Normandie, elle transforme la propriété de son papa en écurie : « J’ai tout appris, du poulain au cheval de Grand Prix. Et comme il y avait des cracks cavaliers autour de moi, j’avais les chevaux de petits éleveurs sans le sou. Il fallait se débrouiller et vendre. » Là, plus de mentor attitré, mais des échanges fructueux avec « des amis ». On citera Patrice Delaveau, toujours généreux en conseils, et Éric Navet, qui lui inculque « la répétition des exercices dans le calme, jusqu’à ce que ce soit parfait ». À cela s’ajoute une grande curiosité et une fine observation des plus grands cavaliers.

Évordes comme point d’ancrage

En arrivant en Suisse en 2011 – où grâce à son « extraordinaire mari, sans qui rien ne serait possible » –, elle acquiert le manège d’Évordes, sur la commune de Bardonnex/GE. Elle se fait de suite connaître en devenant championne romande à La Pallanterie l’année suivante et décroche une invitation pour le CHI de Genève : « Je suis arrivée avec mes deux vieux chevaux de tête, Nirvana et Prévert, sans statut, mais libre. La différence était énorme. À Deauville, il n’y a que des petits pros qui s’arrachent pour gagner une 130. En Suisse romande, il y a moins de chevaux de haut niveau. Les bons cavaliers n’ont souvent qu’une monture, à l’image d’un Christian Tardy, qui monte et gère fabuleusement bien son Vic du Marais au passage. » En terre genevoise, Frédérique Fabre Delbos, également passionnée d’élevage, apprend l’enseignement et la gestion des propriétaires. « J’y ai découvert une richesse humaine extraordinaire », dira-t-elle. En plus des pensions, le manège est également doté d’une école d’équitation, une activité qui lui tient très à cœur. 

Les 7 préceptes de Frédérique Fabre Delbos

1. L’observation comme point de départ
« Un cheval, ça se regarde car… on ne fait pas d’un chien un chat ! Je m’explique : chaque cheval a son physique et son mental qui indiquent ce qu’il pourra ou ne pourra pas faire. Par exemple, on ne peut pas demander à un cheval qui a un rein mal attaché de venir dessous et de faire du passage et du piaffer, ça ne marchera pas. Ensuite, il y a le regard, plus ou moins pétillant, et à mon sens les origines. Certaines permettent déjà de nous dire que le cheval sera un peu clown. »

2. Éduquer avec des principes simples
« Une fois que l’on connaît bien son cheval, il faut l’éduquer, et non le soumettre. Soumettre, c’est prendre en force. Beaucoup de cavaliers le font, principalement les hommes. Ils prennent les rênes, « arbeit » et plus rien ne bouge. Mais moi je pèse moins de 50 kilos, si je fais ça, le cheval lance trois boquées et mémé s’envole dans les arbres (rires). » Ma manière de faire, c’est de devenir copine avec mes chevaux, de les comprendre – car un cheval ressent et comprend tout – et de les éduquer. Éduquer, c’est rendre les chevaux perméables aux aides. Une mouche fait trembler leur peau donc même un géant peut être éduqué, sauf peut-être Nirvana, qui avait décidé que quoi qu’il advienne, il sauterait, avec ou sans moi (rires) ! Pour éduquer, on part simplement des grands principes de l’équitation classique : calme, en avant et droit. Et on récompense. Faire cela bien, c’est déjà difficile. J’aime particulièrement les exercices d’assouplissement. Mais avant cela, 20 minutes d’échauffement, dont 10 minutes de pas, sont primordiales. Ensuite, ce n’est pas du dressage pur, on fait des « rouettes », pas des pirouettes, des « puyés », pas des appuyer, simplement pour que quand on demande quelque chose avec la  jambe, le cheval réagisse. Il faut aussi que quand on joue avec les doigts, il y ait une discussion. Mon cheval doit toujours céder dans la mâchoire, puis dans la nuque et enfin dans l’encolure, dans cet ordre-ci. C’est très important car la main ne doit pas être un objet de peur. Dans le travail, il faut ensuite réfléchir à ce que l’on fait. Si je fais une petite volte, ce n’est pas au pif, mais exactement là où je veux la faire. »

3. Une mise en marche progressive
« Avec mes élèves, je commence toujours avec une petite barre de réglage avant l’obstacle pour qu’après 30 minutes à tourner autour des sauts, le cheval comprenne – par un autre indice que le rythme cardiaque de sa cavalière ! – que maintenant, on va sauter. Puis, j’aime enchaîner progressivement. D’abord les obstacles 1 et 2, puis 1, 2 et 3, puis 1, 2, 3 et 4, et ainsi de suite. Cela permet aux couples de se mettre ensemble gentiment et d’appréhender des difficultés pas-à-pas. »

4. Ne pas viser tout le temps le saut parfait
« Il faut rendre son cheval agile. Si on est trop près ou trop loin, le cheval doit apprendre à se débrouiller. Le tout, c’est que le cavalier reste à sa place. Les grands cavaliers n’ont pas toujours la distance parfaite, mais ça ne se voit pas, parce qu’ils sont avec leur cheval. Quand ils disent à l’interview que leur cheval les a bien aidés, c’est que tout ne s’est pas passé comme ils le voulaient. Toutefois, ils se sont sortis de la situation en allant au bout de leur idée. Donc il ne faudrait pas viser tout le temps le saut idéal. Surtout qu’en concours, c’est impossible car le chef de piste fait tout pour mettre le cavalier, et non le cheval, dans l’inconfort. Enfin, chaque exercice doit être bien assimilé. Tant que ce n’est pas bien, on ne monte pas les barres, même si on doit travailler sur 50 cm avec un cheval de 140. Je pense aussi que pour le cheval, sauter ne doit pas être un drame, ça doit être facile. Enfin, il faut se préparer, ne pas arriver un matin au concours en voulant gagner l’épreuve sans avoir jamais sauté de biais auparavant. »

5. Construire les jeunes chevaux sans impératif
« Ce qui tue les chevaux, c’est de dire : « Je veux aller faire ceci, je veux monter cela. » Non, si le cheval n’est pas prêt, il ne peut pas le faire. L’année des 4 ans est celle où les chevaux doivent être désensibilisés aux choses de la vie. C’est-à-dire que si l’on perd son étrier ou ses rênes, ils ne paniquent pas. Tout en gardant en tête que les chevaux n’ont pas tous le même tempérament, certains craindront l’humain au premier abord – alors que personne ne leur a jamais fait de mal –, d’autres seront plus philosophes. À 4 ans, le cheval n’a pas besoin d’être monté tous les jours, sachant qu’il finit sa croissance vers 7 ans, mais il doit pouvoir être monté facilement en balade et éventuellement faire quelques tout petits concours, qu’il voie le camion et l’ambiance de la compétition. Cela permet au cavalier d’apprendre à le connaître, de savoir  s’il est regardant ou pas. Et si c’est le cas, le cavalier sait qu’à la maison, il faudra lui proposer des petits obstacles bizarres, des sauts bleus, etc. Enfin, à cet âge, il doit déjà avoir confiance dans la main du cavalier. À 5 ans, on commence à leur demander un peu de mise en main. Si on veut vraiment comparer son cheval aux autres chevaux de sa génération, il y a les concours d’élevage, mais sinon, on leur apprend gentiment la compétition. En prenant le temps, tout se fait. En revanche, en allant trop vite, on casse tout. Sauf si on est très fort et le cheval extrêmement bon et très solide. »

6. À petits gabarits, grande rigueur
« À mon sens, on ne peut pas mettre un cheval dans un moule et on ne choisit pas toujours son partenaire. Nombre de grands cavaliers que l’on voit à la télévision ont le choix parmi les chevaux qu’on leur propose. Si on observe les tournées en début de saison, ces cavaliers ont parfois une quinzaine de chevaux à monter et à la fin, ils ne gardent que ceux qui leur conviennent. À l’inverse, le « petit » cavalier ou l’amateur qui déniche un bon cheval va devoir faire avec ce qu’il a et trouver des astuces pour y arriver, même en étant une fille, petite et légère. Bien sûr, ce sera plus difficile avec un grand entier avec beaucoup d’ego, mais même les paires les plus atypiques fonctionnent. Les petits modèles que sont King Edward et Tornado fonctionnent très bien avec de grands pilotes (Henrik von Eckermann et Armando Trapote, ndlr) parce que ce sont des couples. On en arrive donc à la complicité. »

7. La complicité avant tout
« La complicité commence par une remise en question de soi-même. Il faut comprendre pourquoi telle ou telle chose ne fonctionne pas et être modeste. Pour ma part, je n’hésite pas à demander conseil aux autres cavaliers et aux anciens cavaliers de mes chevaux. Il n’y pas qu’une seule règle. Le but est le même, faire de son cheval son complice, mais il y a plusieurs chemins pour y arriver. Pour résumer, il s’agit de bien connaître son cheval, son tempérament et son physique, de devenir copain avec lui et de prendre les choses par étapes, doucement. Ça marche à tous les coups ! »


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