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Transport : en voiture Petit Tonnerre !

Qu’il soit adepte de loisir ou de compétition, le cavalier ou propriétaire est forcément amené, à un moment ou un autre, à déplacer son cheval pour un trajet plus ou moins long ou fréquent. Seulement voilà, transporter un animal de 500 kg peut vite devenir un vrai casse-tête et une source de stress, sans parler des frais.

Jadis, le cheval était lui-même un moyen de transport. Jusqu’au début du XXe siècle, calèches et diligences ornaient les rues des centres-villes et des chemins de campagne. De leur côté, les sports équestres tels qu’on les connaît actuellement n’en étaient qu’à leurs prémisses. Depuis, avec l’avènement de la voiture individuelle et le développement de l’équitation en tant que loisir et discipline sportive, le cheval est passé du statut de transporteur à celui de transporté.
Ce changement de pratique fait que désormais, tout cavalier ou propriétaire est un jour confronté à la problématique du déplacement de sa monture, à une fréquence allant de l’exceptionnel à la journalière. Ce faisant, le transport du cheval a pris une place non négligeable dans le quotidien du cavalier, mais aussi dans son budget. D’où l’intérêt de se pencher sur les trois moyens de transports existants à savoir le camion (poids lourd, PL), le « petit camion » (véhicule léger, VL) et le van ou la remorque.

Le must ? Le poids lourd

Commençons par demander l’avis de nos amis à quatre pattes. Si les chevaux pouvaient choisir leur moyen de transport, pour lequel opteraient-ils ? « Le camion ! », répond sans hésitation Claude Lepitre, fondateur il y a plus de 20 ans des Remorques du Moulin à Épendes/VD. « Premièrement parce que dans un poids lourd, les chevaux voyagent en groupe. Ensuite car c’est le véhicule le plus stable sur la route (en raison du nombre d’essieux, entre 3 et 5 contre 1 ou 2 pour un van ou un petit camion, ndlr) et enfin, c’est souvent le plus confortable. » Une opinion partagée par Patrick Brechtbühl, à la tête de l’entreprise Somatra : « Il n’existe rien de mieux qu’un poids lourd. Les chevaux sont dans un cocon et ne sentent pratiquement rien. J’en ai fait l’expérience quand j’étais plus jeune. Je  m’étais rendu en concours en Belgique en remorque en suivant un camion. L’état des chevaux n’était pas du tout pareil à l’arrivée, les miens étaient bien plus crispés. »
Élu transport préféré de nos quadrupèdes, les camions s’adressent avant tout aux professionnels et ne sont pas accessibles au porte-monnaie de Monsieur et Madame tout le monde avec une gamme de prix allant, pour du neuf, de 200’000 à 500’000 fr. selon les options choisies (appartement, etc.). En revanche, il existe des moyens de faire bénéficier son cheval d’un camion via les centres équestres, qui en possèdent pour la plupart, ou les sociétés spécialisées. Là, les tarifs varient selon les écuries et les prestataires, allant d’une centaine de francs pour un trajet court en Suisse à plusieurs milliers pour un grand voyage en Europe (environ 2’000 fr. pour un trajet spécialement dédié de Genève à la Normandie par exemple). Le groupage fait nettement baisser la facture, mais il peut rallonger le trajet en fonction des éventuelles haltes et détours.
Mais alors sommes-nous condamnés, d’un point de vue confort, à ne transporter nos chevaux que dans des camions ? « Non, et ce pour plusieurs raisons : les remorques sont tout à fait adaptées aux trajets courts et les petits camions transportent très bien. Pour les plus long trajets, de nuit par exemple, il existe des lumières bleues permettant de mettre les chevaux dans leur bulle et surtout des systèmes d’extraction d’air et de contrôle des températures pour offrir un confort optimal », explique Patrick Brechtbühl.

L’argent pour le petit camion

Selon nos experts, unanimes là encore, après le poids-lourd, c’est le petit camion ou VL (véhicule léger) qui décrocherait la 2e place si les chevaux avaient leur mot à dire. Côté confort en effet, le petit camion a l’avantage que les chevaux voyagent la tête à l’envers du sens de  la marche permettant ainsi un meilleur équilibre. « À une époque fort révolue, il m’arrivait de déplacer sur de très courts trajets des chevaux individuellement sans séparation ou attache. Systématiquement, je retrouvais le cheval en arrière du sens de la marche. J’en ai conclu que c’était ainsi qu’ils trouvaient le mieux leur équilibre, mais c’est aussi peut-être parce que c’était de là qu’ils sortaient du véhicule », explique Max Studer, directeur du Centre équestre d’Yverdon-les-Bains.
Apprécié des chevaux, ce petit véhicule possède son lot d’avantages pour le conducteur. Du côté des plus, on retrouve le confort de la conduite avec un véhicule plus court qu’un van attelé et qui se conduit à la manière d’un gros 4x4. Et en dessous de 3,5 tonnes, nul besoin de permis supplémentaire au permis B pour le conduire. En cas de gros transport, une remorque peut être attelée au petit camion selon sa puissance.
En revanche, ce confort a un prix. « Un van neuf deux places coûte aux alentours de 10’000 francs et un petit camion environ 80’000 francs, sans parler du reste », explique Claude Lepitre. À cela s’ajoutent en effet les plaques, les assurances et les frais d’entretien (expertise, service). Dans le canton de Vaud par exemple, les taxes d’immatriculation d’un petit camion se montent en moyenne à 750.-/an. Quant aux assurances, elles oscillent aux alentours de 1’000.-/année. Et il faut encore ajouter les charges inhérentes à l’usage d’un véhicule privé pour le quotidien. En cas de plaques interchangeables, ce sera logiquement le véhicule à la taxe la plus élevée qui sera pris en compte. En conclusion, selon Claude Lepitre, « même avec une toute petite voiture à côté ou en prenant les transports publics la semaine, l’ensemble « voiture moyenne + van » reste plus accessible ».

Le van, l’option la plus populaire

C’est donc principalement pour cette raison que le fameux van pointe en tête du marché (à hauteur de 95%), même s’il implique de posséder une voiture conséquente pour tracter. « Toutefois, aujourd’hui, on n’est plus obligé d’avoir une très grosse voiture pour tirer un van. Il existe toute une gamme de véhicules plus accessibles permettant de tracter un ou deux chevaux », explique Claude Lepitre.
Outre l’évolution du parc automobile, cela est permis par la construction de vans de plus en plus légers : entre 615 et 700 kg pour l’entrée de gamme chez les leaders du marché que sont Cheval Liberté et Böckmann. L’un des grands avantages de cette option, c’est l’usage du véhicule tracteur au quotidien. Au niveau des frais à ajouter, il faut compter en moyenne et selon le poids de la remorque entre 80 et 150 francs de plaques, dont la facture a drastiquement baissé ces dernières années. De plus, la couverture de la remorque est comprise dans l’assurance du véhicule qui la tracte. Une éventuelle casco supplémentaire (entre 80 et 200.-/an) peut être ajoutée.

À chaque cheval son orientation

Revenons au confort. Au sein de la catégorie des vans et remorques, il existe plusieurs options de chargement. Le plus connu et populaire est le van à une place et demie ou deux places dans lequel les chevaux se tiennent parallèle à la route et dans le sens de la marche. D’un point de vue équilibre, c’est la position la plus périlleuse pour les chevaux et si la grande majorité s’y accommodent bien, un certain nombre d’entre eux, notamment ceux qui ont été habitués aux poids lourds, n’apprécient pas de voyager dans ces conditions.
Ainsi, l’option de la remorque en oblique se trouve être une bonne alternative. Contrairement au van droit, ces remorques permettent davantage aux chevaux de prendre appui contre les parois et d’écarter les postérieurs afin de mieux se tenir. De plus, elles permettent de transporter plus de deux chevaux. « Le choix se fait en fonction de la préférence des chevaux, certains n’aiment pas s’appuyer sur les flancs et préfèrent répartir leur poids sur l’avant, et inversement. L’avantage de l’oblique est aussi que le cheval voit déjà ce qu’il a derrière lui, c’est-à-dire par où il va ressortir de la remorque », explique Gaëlle Thorpe, chargée de communication chez Cheval Liberté. Selon cette dernière, plusieurs avancées technologiques permettent de rendre le transport plus confortable : « En plus d’un châssis surbaissé, nos vans sont dotés de la suspension Pullman 2 qui offre énormément d’amorti et fatigue moins les chevaux. Et on peut aussi ajouter des tapis en caoutchouc au sol. Le pont-porte permet également de s’adapter à chaque cheval pour ceux qui n’aiment pas grimper sur la rampe ».

Lever le pied et… ne pas s’y prendre au pied levé

Avec un van, la marge d’amélioration du confort pour le cheval passe principalement par la conduite. « On devrait pouvoir poser son café sur le tableau de bord », illustre Thierry Pittet. « C’est le même principe qu’en voiture : le but n’est pas qu’à l’arrivée d’une route de montagne, vos passagers aient envie de vomir. Pour les chevaux, qui ressentent tout, le risque est qu’ils ressortent crispés et trempés du van. Ce qu’il faut, c’est jouer avec l’inertie pour accélérer, freiner et s’arrêter le moins possible, selon le modèle de la conduite Ecodrive. Lors de l’examen, qui n’est pas si facile, le confort est pris en compte », avertit le directeur de l’Auto-école L-Pittet, active dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel.
De manière générale et peu importe le transport, véhiculer son cheval n’est pas une opération à prendre à la légère. « Ce n’est pas un chat ou un chien et on a tendance à minimiser les conséquences d’un accident. Avec un animal de 500 kg, les dégâts peuvent être dramatiques », met en garde Sébastien Delay, qui a fondé il y a cinq ans l’entreprise TranSeb. En effet, même si l’on avale les kilomètres avec sa voiture tous les jours et que l’on possède son permis depuis de nombreuses années, tracter un cheval est une toute autre affaire. « Une astuce est de profiter des grands parkings vides le dimanche pour s’entrainer à vide à manœuvrer et à se parquer. Et s’imposer des itinéraires, sans échappatoire », partage Claude Lepitre.
Disponible 24/24h et 7/7 jours, pour des urgences notamment, Sébastien Delay observe par ailleurs une augmentation du nombre de chevaux ayant de la peine à charger dont la raison peut aussi selon lui venir de la conduite : « Si celle-ci n’est pas confortable, le cheval n’aura pas envie d’y retourner. »

Qui veut aller loin… entretient son véhicule

Un dernier point permettant d’améliorer sensiblement le confort, mais aussi la sécurité des chevaux, c’est l’entretien des véhicules et des remorques. Cela passe par un suivi régulier des services, avec un contrôle accru des freins et des suspensions. Récemment, les Remorques du Moulin ont lancé un nouveau service, celui d’effectuer un contrôle sur les remorques lors d’achat entre particuliers pour éviter les mauvaises surprises : « Il est vrai que j’insiste particulièrement sur l’entretien, mais c’est parce qu’on voit passer des choses effrayantes ! »
À l’arrivée, le moyen de transport préféré du cheval n’est pas celui plébiscité par les cavaliers pour des raisons logistiques (nul besoin d’un camion 8 places pour un cheval !) et économiques – le poids lourd étant réservé aux professionnels et le VL, disons-le, un petit luxe. Il n’en demeure pas moins tout à fait possible de faire voyager son cheval dans des conditions confortables, si l’on observe quelques règles de bon usage. Bonne route !

Elisa Oltra


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