Jonas Marty entouré des deux juments impliquées dans le transfert d’embryon : à gauche, la donneuse Check Me If You Can Z et à droite KK Delayla CH, portante. © Julie Queloz Jonas Marty entouré des deux juments impliquées dans le transfert d’embryon : à gauche, la donneuse Check Me If You Can Z et à droite KK Delayla CH, portante. © Julie Queloz

Jonas Marty : une passion nourrie de détermination et d’audace

Depuis plus de vingt ans sur les terrains de concours, Jonas Marty a accumulé autant de parcours que d’anecdotes. De ses premiers tours à 12 ans jusqu’aux épreuves d’élevage disputées au CHI de Genève, le Fribourgeois de 41 ans a construit sa trajectoire avec passion et détermination. À l’aube d’une nouvelle saison, entamée avec brio dans le Tour Romand R à Yverdon, le cavalier, dont une bonne partie des montures arborent l’affixe KK, attend aussi avec impatience la naissance de son prochain poulain — reflet de son attrait croissant pour l’élevage.

Je me souviens de mon tout premier cheval, Chester. J’ai dû faire six ou huit concours avec lui… je n’ai jamais passé le numéro 1 ! » Jonas Marty éclate de rire en replongeant dans ses souvenirs. Il avait alors douze ou treize ans. À l’époque, rien ne prédestinait pourtant le cavalier fribourgeois à passer une grande partie de sa vie à cheval. Dans sa famille, personne ne pratiquait ce sport. Il grandit à Bonnefontaine, dans une petite ferme où il n’y a guère de place pour des chevaux. « Mes parents ne savaient pas quoi m’offrir pour mes dix ans. Ils m’ont proposé d’aller prendre un cours au manège de Granges-sur-Marly… et c’est comme ça que tout a commencé. »
Après cette première mise en selle, il poursuit son apprentissage auprès de Nicolas Pauchard, toujours à Granges-sur Marly. Tous les samedis matin, le jeune garçon est au manège. « Il m’a pris sous son aile. Je pense que c’est aussi grâce à lui si la passion est restée si forte. » Il y passe son brevet et découvre surtout le quotidien d’une écurie : faire les boxes, s’occuper des chevaux, pour pouvoir monter en échange.
À la maison, la place manque et les moyens aussi. Mais ses parents le soutiennent et un premier cheval finit par arriver à la ferme : le fameux Chester. Lorsque la famille part l’essayer, personne n’est réellement expérimenté. « On nous disait qu’il avait dix ou douze ans. Moi, tout fier, je regardais ses dents, comme on nous avait appris au brevet pour déterminer l’âge. Et elles étaient toutes petites… » L’explication arrivera rapidement : le cheval tiquait tellement qu’il s’en était usé les dents ! Les moyens étant limités — et Chester définitivement peu fait pour le sport — Jonas Marty monte les chevaux qu’on lui confie ici et là. Il parvient à installer deux ou trois chevaux à la maison et profite des installations de Jean-Marc Thierrin à Bonnefontaine – « il m’a toujours accueilli avec bienveillance, je l’en remercie encore aujourd’hui » – pour pouvoir les travailler durant l’hiver. « Il me fallait une vingtaine de minutes pour y aller, et autant pour revenir, mais rien ne m’arrêtait », se souvient-il

Ses premiers partenaires vers le niveau national

Autour de ses dix-huit ans, deux chevaux vont toutefois lui permettre de franchir un cap : Hazilia des Vaux en 2003 et Ikarus XI CH. « Ikarus, c’était un peu mon cheval de cœur », confie-t-il. Avec lui, il dispute ses premières épreuves importantes et participe notamment à ses premiers championnats de Suisse R. La suite du parcours ne sera jamais totalement linéaire. « Je ne pouvais pas acheter les chevaux que je voyais sur les annonces… alors je téléphonais quand même pour demander si je pouvais les monter », sourit-il. Une audace qui lui ouvrira plus d’une porte.
Puis, Jonas Marty entreprend des études de psychologie, sans jamais s’éloigner bien longtemps des écuries. « Je voyais les autres étudiants passer huit heures à la bibliothèque, à  boire des cafés entre deux pauses. Je me suis dit : si je travaille cinq heures vraiment à fond, ça vaut leurs huit heures. » Son rythme est alors bien réglé : levé à cinq heures du matin, étude intensive jusqu’à dix heures, puis direction les chevaux.
C’est également durant cette période qu’il croise le chemin de Claire, sa future épouse. Elle cherche alors quelqu’un pour monter sa jument pendant ses études. « Elle m’a demandé si je voulais la travailler. Je lui ai répondu oui… mais quand elle a appris qu’elle devrait payer pour ça, elle a dit : pas question ! »  L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais Jonas Marty la rappellera quelque temps plus tard, cette fois pour l’inviter à sortir. Le couple s’installe à Farvagny et prend une écurie en auto-gestion chez Otto Bertschi, à Orsonnens. Pendant un temps, Jonas Marty travaille également pour le compte d’Otto, où il monte et forme de nombreux jeunes chevaux. « J’y ai vraiment découvert le travail des jeunes chevaux, tout le processus de formation. »
Un cheval marquera particulièrement cette période : Classic du Moulin CH, pour ce qu’il lui apprendra. « Il était impossible à débourrer », se souvient-il. Le cheval passera notamment par Corserey, chez André Winiger, où il découvre une méthode inspirée de Parelli. « J’ai ensuite adapté ce que j’avais appris à ma façon. Aujourd’hui encore, j’utilise énormément ce travail à pied avec mes jeunes chevaux. »

La vie de famille s’installe

Après ses études, Jonas Marty choisit une voie professionnelle stable, alors que l’envie d’une vie de famille se profile à l’horizon. En 2012, une nouvelle étape s’ouvre lorsque le couple trouve l’endroit idéal pour s’installer : la ferme de Roland Boehlen, à Grolley/FR. L’endroit offre sept places pour les chevaux, quelques parcs et un paddock. « C’était exactement ce qu’il nous fallait. » Trois enfants viennent bientôt agrandir la famille : Inès, Louis et Arnaud. L’aînée suit déjà les traces de son père et monte à cheval. « Mais sans aucune obligation. Ce qui compte, c’est la passion. Et bien sûr, elle s’entraîne avec son père ! », dit-il fièrement. Quant aux deux garçons, ils préfèrent la raquette de tennis : « Je les suis également avec beaucoup de plaisir ! »
En 2015, il franchit un nouveau cap en se mettant à son compte comme psychologue indépendant. Un statut qui lui permet d’organiser son temps autour de ses chevaux. « J’ai toujours été assez solitaire et indépendant. Comme ça, je peux jongler entre mes rendez-vous et l’écurie. » La période du Covid va toutefois réveiller un rêve plus ancien encore : celui de devenir agriculteur. « Je me suis toujours dit : si je gagne au loto, j’achète une grande ferme et je deviens agriculteur. Puis je me suis demandé : est-ce que j’ai vraiment besoin de gagner au loto pour faire ça ? » La réponse arrive rapidement. En 2021, il obtient son CFC d’agriculteur par validation des acquis. Il loue six hectares pour produire son propre foin. « Faire son fourrage, c’est aussi comprendre vraiment ce qu’on donne aux chevaux. Et j’adore cette activité ! »

La rencontre avec l’affixe KK

C’est durant cette période qu’il noue des liens avec la lignée KK de Martin et Claudine Kroll à Widen/AG. L’histoire commence avec KK Karavelle, une jument repérée lors d’une finale de Promotion déjà en 2009, lorsque Jonas était encore à Orsonnens. « Je m’étais dit : un jour, j’aimerais avoir un cheval comme celui-là. » Lorsqu’elle est mise en vente quelques temps plus tard, il appelle: « Comme j’étais encore aux études à l’époque, j’ai dit : je n’ai pas les moyens, mais je peux la monter. » Finalement, les propriétaires acceptent de lui confier la jument au travail et Jonas se lance en concours avec elle en 2010.
De cette collaboration naîtront plusieurs poulains sur la ferme fribourgeoise, dont KK Delara CH – meilleure jument CH dans les épreuves Youngster 7 ans il y a deux ans – et KK Delayla CH. Le cavalier parle aussi avec fierté d’une autre jument prometteuse : K Querida van de Eldamahoeve. « Quand on me l’a proposée à 4 ans, elle ne ressemblait pas à grand chose physiquement. » Il la prend néanmoins au travail. Très vite, le potentiel apparaît. « Elle était extrêmement sensible, mais vraiment particulière. » Les progrès sont rapides : qualifications pour les finales jeunes chevaux à 6 ans et premiers bons résultats. La vente est alors finalisée et elle prend part à 8 ans au championnat de Suisse R.
Il montre encore une autre jument dans le parc : Check Me If You Can Z. Avec ses excellentes origines (Chacco Blue/Toulon), Jonas Marty se lance dans le transfert d’embryon. Et c’est KK Delayla, blessée et donc retraitée de la compétition, qui porte le poulain. « Derrière chaque cheval, il y a un éleveur. On l’oublie souvent. Mais c’est une passion immense, et tout ce qui est fait avant que le cheval arrive sur un terrain de concours est fascinant. » Dans quelques semaines, le nouveau venu devrait pointer le bout de son nez à la ferme. Une nouvelle page dans une histoire qui, depuis Chester et ses éliminations au premier obstacle, n’a cessé de s’écrire avec patience, audace et passion.

Julie Queloz


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