La pépite en ligne de Mire
À l'occasion du sacre d'Olivier Meyer et de Tic Tac de la Mire Z au championnat de Suisse R, on vous propose de (re)découvrir ce reportage, réalisé l'an dernier avec l'éleveur fribourgeois. Bonne lecture !
Dans le petit microcosme de l’élevage romand, il est un affixe qui se fait gentiment sa place : celui de la Mire. Portés sous le feu des projecteurs en septembre 2025 à Avenches avec le triomphe de Billie de la Mire CH à l’occasion du championnat de Suisse des 6 ans, puis le week-end dernier avec la victoire de Tic Tac de la Mire au championnat de Suisse R, les protégés d’Olivier Meyer se sont révélés sur la scène nationale ces dernières années et cela semble n’être que le début de l’aventure. Le rêve du Fribourgeois ? Produire LE crack.
C'est un jeudi soir de mars, après une journée bien remplie au Haras National, pour lequel il travaille à 100%, qu’Olivier Meyer nous donne rendez-vous au restaurant de l’IENA pour nous conter son histoire. Cavalier depuis son plus jeune âge, le champion romand R 2011 s’est lancé dans l’élevage voici une petite dizaine d’années. « C’est une passion depuis petit. Il faut dire que mon père était agriculteur et à la base, j’étais plutôt intéressé par les vaches. Puis il a eu des poulinières quelques temps et mon oncle avait aussi des chevaux... Je suis un dingue de génétique, je peux passer des heures à chercher un étalon. »
À cette passion initiale s’ajoute un choix sportif et commercial. « Les bons chevaux devenant toujours plus chers, j’ai mis de côté le plus haut niveau pour me créer une base de commerce, tout en me faisant plaisir avec une activité que j’adore. Je me suis lancé, même si ceux qui ont déjà connu des déboires me l’avaient fortement déconseillé. Je devais être un peu fou (rires) ! »
Des juments coup de cœur à la base
Têtu, il tente quand même l’aventure, mais cela ne se passe pas comme prévu avec un seul poulain sur cinq saillies la première année. Le Fribourgeois de 41 ans ne s’arrête pas à cette première désillusion, persévère, et les premiers produits pointent le bout de leurs naseaux. Ceux-ci seront vendus très jeunes pour pallier cette première difficulté. Il y eut d’abord JSR Timing de la Mire (par Tornesch), fils de sa jument de cœur Miledy de Surville (par Eyken des Fontenis et Hadj A), qui durant sa carrière aura collectionné les classements jusqu’en 135 cm, mais ne donnera qu’un poulain.
L’élevage de la Mire se basera donc sur trois autres juments, toutes des coups de cœur : « Je n’avais même pas regardé les résultats sportifs du côté maternel, mais en grattant un peu, il se trouve qu’elles ont toutes des performances dans leur lignée. » La première est Dakota CD (par Cicero Z), acquise à 4 ans, prometteuse, mais éloignée du sport en raison d’une blessure. Celle-ci donnera d’abord l’excellente Gaufrette d’Olivier (2016, par Toulon), qui a beaucoup classé et gagné jusqu’en R130-135 avec Noémie Raboud avant de disparaître fin 2024. « J’ai débourré Gaufrette avec l’aide d’Olivier. Elle avait un cœur énorme et adorait sauter. Elle était proche de l’humain, aimait beaucoup faire le show et elle était attachante », en dit sa cavalière. Dakota CD a aussi produit Corneflex de la Mire CH (2019, par Cornet Obolensky), monté par Michael Schlicklin.
La seconde souche vient de Victoria d’Olympia (par Huppydam des Horts et Iris de Celland). Il s’agit de la mère de la championne de Suisse des 6 ans 2024 Billie de la Mire CH (2018, par By Cera d’Ick), de Tic Tac de la Mire (2017, par Toulon) et de Kaotina de la Mire (2020, par Diamant de Semilly). « Billie m’a fait une bonne publicité. Elle m’a permis de faire connaître davantage l’élevage de la Mire. Étant un peu débordé, les premières générations ont commencé tard. Seuls ceux qui ont été vendus très jeunes ont déjà fait parler d’eux », explique Olivier Meyer.
Avec un renfort 5* en jumenterie
La troisième souche de l’élevage est Fire Girl van de Dorpshoeve (par Querlybet Hero et Calvados). Parmi ses produits, on compte Chikita de la Mire CH (2018, par Casallo Z), propriété de Sarah de Coulon et montée par Gaëtan Joliat qui n’en tarissait pas d’éloges à l'époque déjà : « Chikita a une super tête, un mental de guerrière, du respect et l’intelligence de la barre. Elle a de gros moyens et avec ce qu’elle montre jusqu’à présent, je pense qu’elle a presque tout pour être un cheval de haut niveau. » Depuis, Chikita a décroché de beaux résultats à 8 ans, gagnant une 135 à Corcelles et à Bedizzole cette année. Sa sœur Chiara de la Mire CH (2020, par Casall) a été débutée par Noémie Raboud avant de passer sous la selle de Rodrigo Sampaio Pexioto et Denver de la Mire Z (2017, par Dominator Z) a fait sa première saison en 2024 avant de briller en 120-125 depuis l'an dernier avec la Valaisanne Elisa Bovard. C’est aussi le cas de Danette de la Mire, déjà classée jusqu’en 120 cm. Cette dernière est le produit de Dominator Z et de Primevère d’Elle (par Scherif d’Elle et Quidam de Revel). Selon leur paternité, les produits de la Mire sont inscrits au stud-book suisse, selle-français ou Zangersheide – pratiquement une condition pour les rejetons de Dominator 2000 Z par exemple.
Récemment, Olivier Meyer a pu récupérer l’excellente Dubai du Bois Pinchet (par Kashmir van Schuttershof et Andiamo), double sans faute dans la Coupe des Nations de St-Gall en 2023, victorieuse du Grand Prix 5* d’Oslo et de l’équipe aux Européens de Milan avec Bryan Balsiger. « Je remercie infiniment la famille de Coulon de m’avoir offert cette opportunité. Dubai est une vraie princesse, qui me fascine, j’ai hâte de cette aventure ! »
« Je ne cherche pas à faire du nombre, mais le croisement que je vais attendre impatiemment, c’est ça qui me fait vibrer ! »
Malgré cette nouvelle recrue de choix, Olivier Meyer garde les pieds sur terre et reste dans une logique d’élevage traditionnelle : « On doit vivre avec notre temps, je ne suis pas contre tout, mais ma conscience me dit de rester dans du standard comme le transfert d’embryon. L’ICSI (Injection intracytoplasmique de spermatozoïdes, ndlr), est-ce toujours de l’élevage ou du marketing ? Je ne cherche pas à faire du nombre, mais le croisement que je vais attendre impatiemment, c’est ce qui me fait vibrer ! »
Une autre preuve que malgré les grands rêves, ce côté terrien et naturel n’a pas disparu, c’est l’autodérision dans les noms choisis : « Denver s’appelle ainsi parce qu’il était très grand, c’est donc le dernier des dinosaures, Tic Tac était un petit poulain très tonique qui bondissait partout, Gaufrette était trop craquante et on a opté pour Danette parce que peut-être qu’un jour tout le monde se lèvera pour elle ! »
Mettre tous les atouts de son côté
Comme ses juments, Olivier Meyer fonctionne au coup de cœur pour les étalons. « J’aime beaucoup les Toulon, qui peuvent être délicats au démarrage mais qui m’ont toujours apporté de la satisfaction. J’essaie de cibler ce que je dois améliorer et les points forts de la jument. En débutant, j’ai tenté de minimiser les risques en misant sur une origine très connue et donc vendeuse. Ça m’a aussi permis de cibler mes juments et de savoir vers quoi les orienter. Je suis aussi parfois reparti sur des croisements fétiches. Pour tenter de plus jeunes étalons, il faut qu’ils m’empêchent de dormir la nuit car certains sont très bien exploités pour faire du marketing. » Or, le but du vainqueur du Tour Romand 2011 est avant tout la performance : « Produire à moindre coût un cheval d’amateur n’est pas le but premier. »
Pour cela, le Fribourgeois reconnaît qu’une part de chance est essentielle, mais affirme qu’il faut aussi mettre tous les atouts de son côté. « Un Jappeloup est pour moi une exception. De même que marier un étalon moyen, pour économiser un peu d’argent, et une jument moyenne, puis espérer un crack est illusoire. À l’inverse, le croisement que l’on pense réussi, avec deux cracks, peut ne rien donner du tout. »
Et dans cette grande loterie, l’un des aspects à ne pas négliger est le mental : « Un cheval avec toutes les qualités, mais qui n’a pas envie, n’ira jamais loin tandis qu’un cheval moyen, qui veut travailler pour deux et qui est hyper intelli- gent, peut avoir le déclic pour le haut niveau. »
« On doit se bousculer pour motiver les jeunes. »
En Suisse romande, une nouvelle génération d’éleveurs peine à se créer même si certains sont (hyper)actifs depuis plusieurs années. « Il y a encore quelques grands passionnés, j’ai toujours des copains avec qui discuter d’étalons une nuit entière, mais globalement, ça se perd un petit peu avec le temps et on doit se bousculer pour motiver les jeunes. Avant, les agriculteurs avaient facilement deux poulinières à côté, c’est encore le cas chez les FM, mais au sein du demi-sang, ce sont davantage des cavaliers qui font un poulain de cœur à la fin de la carrière de leur jument, et ça s’arrête là. »
Nul besoin de chercher trop loin les causes de cette situation : les coûts et la surface, deux pierres d’achoppement propres à notre pays. « Les bons chevaux se vendent globalement au même prix un peu partout dans le monde, mais les coûts d’élevage en Suisse sont relativement élevés par rapport à nos voisins européens. Si la qualité n’est pas au rendez-vous, il est très compliqué de s’en sortir financièrement . » Et il n’y a pas que cela.
Pour donner envie à la nouvelle génération et créer des vocations, le Fribourgeois estime que le milieu de l’élevage doit revaloriser ses concours de poulains notamment. « À l’époque, on voyait 20 ou 25 poulains dans le village d’à côté. Aujourd’hui, hormis au championnat de Suisse à Avenches, il n’y en a parfois que 4 ou 5 et les gens ne se déplacent plus. Nous avons une bonne clientèle pour les chevaux déjà formés, mais qui ne s’intéresse pas forcément aux jeunes et à l’élevage. Les ventes sur internet marchent très bien, donc aux éleveurs de s’ouvrir à cette modernité », nuance celui qui s’est déjà illustré jusqu’en Grand Prix.
Les mentalités tendent toutefois à évoluer, notamment au sein du sport de haut niveau avec des cavaliers qui commencent à élever comme Marcus Ehning ou Grégory Wathelet. « Quelqu’un comme Grégory Wathelet, que j’estime beaucoup pour son équitation et sa manière de former les chevaux d’ailleurs, se rend compte du job que cela demande. » À l’inverse, la satisfaction au bout du compte est bien différente : « Gagner une grosse épreuve c’est bien, mais pour moi, la satisfaction de réussir un accouplement, élever un poulain et l’amener à un niveau sportif intéressant est dix fois plus grande. »
Elisa Oltra
Cet article a été publié dans le n° de mai 2025 du Cavalier Romand.












