Si Michael Mayer construit à l’international, il apprécie aussi les plus petites pistes, comme ici autour des obstacles du Centre équestre national de Berne. © Julie Queloz Si Michael Mayer construit à l’international, il apprécie aussi les plus petites pistes, comme ici autour des obstacles du Centre équestre national de Berne. © Julie Queloz

Michael Mayer : Gravir une marche après l’autre

Il fait partie de ces rares spécialistes qui façonnent le sport équestre de l’ombre au devant de la scène. Meneur, coéquipier, chef d’équipe et désormais chef de piste de renom, Michael Mayer est l’un des seuls quatre constructeurs au monde autorisés à concevoir des parcours de Coupe du monde. Cette année encore, c’est lui qui dessinait la piste d’attelage du CHI de Genève, un excellent entraînement pour une année 2026 qui s’annonce palpitante : le Bernois d’Interlaken de 45 ans sera aux commandes du championnat du monde d’attelage à 1 cheval l’été prochain à Munich, toujours guidé par le même objectif — offrir aux meneurs et aux chevaux des conditions optimales pour qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes.

Michael, quel regard portez-vous sur votre évolution depuis l’an dernier ?
Je pense avoir fait une bonne entrée en matière l’an dernier. À Genève, la compétition était passionnante, les parcours intéressants à construire, et les retours ont été positifs (cette année aussi,  ndlr). C’était ma première saison indoor, et cela m’a donné une base solide pour progresser. Genève est un vrai défi : l’immense piste, l’usage du lac qu’il faut doser avec précision…

Qu’est-ce qui a évolué dans votre manière de travailler ou dans vos objectifs ?
Mon but reste le même : offrir une belle épreuve et un sport de qualité. La scène appartient aux chevaux ; nous ne sommes qu’une partie de l’ensemble, chargés de créer le cadre. Et, au final, tout doit toujours être pensé autour du cheval, qui doit rester au centre.

Votre progression a été fulgurante, jusqu’à votre promotion cette année au rang de chef de piste FEI Level 4. Était-ce un objectif dès le départ, ou tout s’est-il enchaîné naturellement ?
C’est un mélange des deux : cela s’est construit progressivement, tout en restant un objectif clair. J’ai pu remplir toutes les qualifications nécessaires, malgré la rareté de certaines compétitions. Mes relations dans le milieu m’ont aussi permis d’accéder à ces événements. Mon but a toujours été de construire des épreuves de championnat du monde et de Coupe du monde, et aujourd’hui, je suis heureux de pouvoir le faire.

Qu’est-ce qui vous a poussé à passer de la carrière de meneur à celle de chef de piste ?
Après de nombreuses années en tant que meneur, puis groom, je me suis demandé comment continuer dans ce sport de manière active. Devenir juge ne m’attirait pas vraiment, alors que la conception de parcours m’a séduit dès le départ. Chaque compétition offre la possibilité de créer quelque chose de nouveau : obstacles de maniabilité, parcours de marathon… La diversité et le défi de devoir préparer chaque épreuve différemment, en imaginant des parcours uniques me réjouissent toujours.

Vous avez travaillé sur des compétitions très variées, jusqu’aux États-Unis, à Ocala. Comment vous adaptez-vous à des contextes si différents?
C’est justement ce qui rend notre métier passionnant : le règlement est le même partout. Les conditions à respecter sont identiques, que l’on soit à Ocala en Floride, ou lors d’un petit concours en Suisse. Cela étant, chaque terrain a ses spécificités : certaines compétitions possèdent des obstacles existants sur leur terrain et d’autres, comme les championnats de Suisse cette année à Céligny, demandent de tout monter, de tout créer. C’est un vrai défi pour le chef de piste mais aussi pour le délégué technique, car chaque nouvel événement exige de vérifier que les installations et les parcours soient adaptés.

Comment conçoit-on un parcours d’attelage ?
Pour moi, tout commence toujours par une idée générale, par exemple pour le parcours d’obstacles. Je me fais un plan à la maison : je sais quelle est la taille du terrain et s’il y a quelque chose de particulier. Un manège en sable est toujours le même, alors que les terrains en herbe peuvent être irréguliers… Ensuite, je construis une idée de ligne, avec des combinaisons d’obstacles qui, selon moi, fonctionneront. À la fin, il faut toujours vérifier sur place les conditions réelles : le terrain, le sol, le relief, mais aussi la météo. Une pelouse sous la pluie n’est pas la même chose qu’un sol en sable. Ce n’est qu’en parcourant le parcours sur place que je décide vraiment : est-ce que cela fonctionne comme je l’avais imaginé ? Je n’applique pas bêtement le plan dessiné à la maison. Il s’agit d’une idée de base que j’adapte ensuite sur le terrain, en corrigeant les angles, les distances, et en ajustant éventuellement la difficulté de certains obstacles.

Par où commence-t-on : la sécurité, le rythme, la difficulté, ou l’aspect spectaculaire pour le public ?
Le but premier est que les défis techniques — obstacles complexes, fluidité sur de grands concours qui ont jusqu’à 8 obstacles de marathon — s’intègrent bien dans le parcours. Tout doit se suivre harmonieusement, pour offrir un vrai challenge aux meneurs. Le spectacle pour le public vient ensuite : je cherche d’abord à créer un parcours homogène, réalisable pour les meneurs, mais qui présente un vrai challenge pour le sport. La tension et l’intérêt pour le public naissent naturellement de cette combinaison : le défi pour les meneurs crée un spectacle captivant pour les tribunes.

Avant de se dédier à sa carrière de constructeur, Michael Mayer a vécu de belles saisons sous la casquette de meneur. Avec le beau gris Lajozs,il a collectionné deux médailles d’or, une d’argent et deux de bronze aux championnats de Suisse. ©Coll. privée Avant de se dédier à sa carrière de constructeur, Michael Mayer a vécu de belles saisons sous la casquette de meneur. Avec le beau gris Lajozs,il a collectionné deux médailles d’or, une d’argent et deux de bronze aux championnats de Suisse. ©Coll. privée

Quels obstacles sont les plus difficiles à concevoir et pourquoi ?
Un obstacle technique est délicat à créer : il doit rester faisable sans devenir impossible, tout en présentant un vrai défi. Un obstacle rapide ou fluide ne doit pas non plus être dangereux, avec des pentes trop abruptes, car l’objectif n’est pas de provoquer des chutes. Chaque obstacle comporte ses propres défis, qu’il s’agisse d’un petit concours ou d’un grand CHI. Dans un indoor comme Genève, les conditions sont très particulières.

Quelles sont les spécificités techniques d’une telle halle ?
Genève possède la plus grande piste indoor du monde, avec des éléments particuliers comme une butte et le lac. Le défi principal est de concevoir un parcours qui occupe toute la salle sans être trop long pour les chevaux. Il faut trouver le juste équilibre pour que le parcours reste fluide et sportif, tout en utilisant pleinement l’infrastructure, sans fatiguer les chevaux et en offrant un spectacle complet.

Quelles différences y a-t-il entre les terrains en sable et en herbe, tant dans la conception que dans la manière de les parcourir ?
Il y a de vraies différences. Les attelages tiennent mieux sur le sable, les chevaux ont plus d’adhérence. Les obstacles de marathon sont rares sur sable, car un parcours d’obstacles en herbe ne fonctionne pas de la même façon : le sol sableux supporte mieux la construction et permet des vitesses différentes. La météo joue également un rôle : une pelouse humide peut devenir glissante, alors que le sable reste praticable et parfois même meilleur lorsqu’il est mouillé. Ce sont des différences importantes à prendre en compte dès la conception du parcours.

Vous avez longtemps été au cœur de l’action — d’abord comme groom pour votre père, puis comme chef d’équipe. Qu’avez-vous retiré de ces expériences ?
Sportivement, c’était passionnant car j’ai été actif dans toutes les disciplines : j’ai mené un ou deux chevaux, été coéquipier à 1, 2 et 4 chevaux, ce qui m’aide aujourd’hui à évaluer ce qui est réalisable pour les attelages dans un parcours. J’ai aussi participé à des concours nationaux et internationaux, ce qui me permet de comprendre les attentes des concurrents et de les intégrer dans mon rôle d’officiel. En tant que chef d’équipe, j’ai appris ce que les organisateurs attendent et l’importance de collaborer étroitement avec eux. Cette combinaison d’expériences me donne une vision complète. De plus, comme passionné, je regarde aussi les épreuves comme spectateur, et j’essaie de répercuter toutes ces expériences dans la conception de mes parcours.

Propos receuillis par Julie Queloz 

Cet article est paru en p. 36-37 du n° de décembre-janvier de votre magazine. 


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