Philippe Guerdat,équipe de France, Philippe Guerdat lors du CSIO de Rabat, sa dernière Coupe des Nations avec les Français

Philippe Guerdat n’est plus à la tête de l’équipe de France : « Je voulais assumer mes défaites comme mes succès »

Champion olympique à Rio avec son équipe, le Suisse ne dirige plus l’équipe de France de saut d’obstacles. Il veut faire un break, même si les propositions affluent déjà.

Cette fois, c’est officiel, Philippe Guerdat n’est plus le chef d’équipe et sélectionneur de l’équipe de France. Après six ans de très bons et loyaux services, couronnés de succès durant quatre ans surtout (titre européen pour Bost et Finale des Nations en 2013, deux médailles d’argent aux Mondiaux pour Delaveau et l’équipe en 2014, bronze aux Européens pour Delestre en 2015, or aux JO de Rio en 2016), moins depuis 2017, même si beaucoup de jeunes et de nouveaux avaient été promus, ce qui n’avait pas empêché des victoires en Coupes des Nations (La Baule 2017, St-Gall 2018). Et ce qui ouvrait des possibilités, beaucoup de cracks ayant été vendus ou blessés.

Il reste deux chances de qualification pour les JO de Tokyo, aux Européens 2019 de Rotterdam (3) et à la Finale des Nations de Barcelone (1), mais ce sera sans Philippe Guerdat, qui ne voulait pas modifier ses attributions et se voir adjoindre un entraîneur. « C'est pour cela que Philippe ne s'inscrit plus dans le projet immédiat de la Fédération », a déclaré Serge Lecomte, qui a donc mit fin à son contrat. Le Suisse jouissait pourtant du soutien total de l’immense majorité de ses cavaliers (voir notre news à ce sujet et tous les réseaux sociaux !) et propriétaires de chevaux.

On parle désormais de Sophie Dubourg (la directrice technique nationale, « cheffe » du Suisse durant ces six années) comme chef d’équipe, avec le Hollandais Henk Nooren (ex-patron de l’équipe de France jusqu’aux JO de Londres 2012, remercié par les Espagnols début décembre) comme entraîneur, mais rien d’officiel n’a encore été annoncé. Et ce long silence, pour ne pas dire flottement, en aura exaspéré plus d’un…

 

- Philippe Guerdat, on a pu entendre le discours que vous avez prononcé lundi soir à Paris à vos quarante-cinq cavaliers (à écouter sur le facebook du Cavalier Romand). Ce repas était à l’initiative de qui ?

- A l’initiative de mes cavaliers, et c’était une belle surprise. On m’avait certes dit que j’allais diner avec huit cavaliers, que j’ai retrouvé dans un hôtel. On est ensuite descendu dans une cave et il y avait un monde fou qui scandait mon nom. Il faisait sombre et il y avait tellement de monde, c’était touchant, éprouvant, les larmes me montaient… On a beaucoup discuté, ri et on est resté jusqu’à un heure du matin, alors que beaucoup s’en retournaient en Normandie, à Lyon ou à Bordeaux. Et hier, j’ai encore vu le président de la Fédération française et je suis rentré au Jura, l’aventure est terminée.

 

- Il y a eu deux longues semaines d’attente, quand avez-vous pris une décision définitive ou su que c’était vraiment fini ?

- Je ne savais pas exactement quelle direction ça allait prendre, je n’étais pas d’accord qu’il y ait un entraîneur et que l’on revoie mes fonctions. J’avais posé des conditions claires au début de mon mandat, je voulais assumer mes défaites comme mes succès.

 

- Le soutien assez inconditionnel et assez unanime de vos cavaliers ne vous a-t-il pas fait hésiter à poursuivre ?

- ça me faisait chaud au cœur, évidemment, mais la décision ne m’appartenait pas comme elle ne leur appartenait pas non plus, j’avais fixé un cadre, et certaines choses avaient été dites ou écrites, il valait donc mieux passer à autre chose. Le président de la Fédération française  a dit qu’il avait déjà dû me forcer la main après les JO de Rio… On a dû reconstruire avec de nouveaux cavaliers et de nouveaux chevaux, je pense qu’on était sur la bonne voie. Bien sûr qu’en ouvrant les portes à certains, on en ferme à d’autres, qui du coup baissent un peu aux rankings. On avait toujours dit qu’on n’accordait pas d’importance aux rankings, faussés par le circuit du Global, mais quand certains baissent et sont moins souvent invités, on vous le reproche un peu.

 

- Vous avez voulu éviter la polémique jusqu’au bout, pour que vos cavaliers regardent vers l’avant et acceptent leur(s) nouveau(x) chef(s) ?

- Oui, j’ai fait abstraction de moi. J’ai été longtemps cavalier avant d’être vingt ans entraîneur et chef d’équipe, et un cavalier est fait pour monter à cheval et concourir. On doit « faire avec » son sélectionneur, il serait destructeur d’être en porte à faux avec le successeur. Et je souhaite évidemment du bien à l’équipe de France.

 

- Malgré une situation délicate, le plus important était de montrer l’exemple, et vos qualités humaines ?

- On peut le dire ainsi. Il faut aller de l’avant. On me dit pessimiste, mais je suis réaliste, plus réaliste que les plus réalistes et même si je ne montre pas trop optimiste, j’ai une certaine dose d’optimisme. Seulement voilà, même en France, encore plus dans la situation actuelle, on ne peut pas tout gagner. Et dans ce sport, on est vite tout en haut ou tout en bas. Je le disais aussi après les JO de Rio, où on aurait aussi très bien pu finir 6e, et je le répète toujours. Aux Européens d’Aix, on avait deux barres d’avance, d’autres étaient euphoriques, mais pas moi. Si on ne comprend pas ça dans notre sport, on n’a rien à faire avec les chevaux.

 

- Vous devez être épuisé, vidé. Et pourtant vous avez déjà des projets dans la tête ?

- Oui, j’ai beaucoup de fatigue et déjà beaucoup de sollicitations ! Je vais déjà faire un break, me vider la tête, me ressourcer, et après on verra. Je suis un hyperactif, alors c’est compliqué pour moi… Même au Jura, j’ai toujours un calepin, un carnet de notes, là pas, ça fait bizarre ! L’adrénaline va me manquer, mais je dois faire un break. Je suis surtout fatigué de toutes ces histoires. Steve et d’autres m’ont proposé de venir à Londres, mais il me faut une vraie coupure, après, on verra…

 

- Il n’est tout de même pas exclu de vous voir bientôt avec une équipe. Et même en 2024 à Paris ?

- Je ne veux déjà pas penser à janvier, j’ai des tas de propositions, même assez exotiques, pas seulement au sein d’une équipe, mais je ne veux pas me projeter pour l’instant dans l’avenir. Et je ne suis plus tout jeune (66 ans, ndlr), donc les projets de carrière ou les JO de 2024, ça n’est pas mon souci, on verra…

On parie ?

Propos recueillis par Alban Poudret


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