Un avenir rayonnant affixé « Chignan »
Âgée de 23 ans et n° 17 mondiale des « moins de 25 ans », Angelika Dubach prend peu à peu du galon dans une équipe de Suisse de concours complet plus compétitive que jamais, mais qui se cherche aussi une relève et un réservoir de couples. Grâce à sa quintette « de Chignan », la solaire Bernoise, établie à St-Aubin/FR, à deux pas d’Avenches, espère gravir les échelons. Travailleuse, elle peut compter sur le soutien du duo genevois Annie Campiche-Éric Brachet, qui lui confie trois chevaux de Chignan, issus du fameux élevage de Claude Grosjean, à Vernier/GE. Après ses bons cross en 4* en 2025, Angelika Dubach a deux Mondiaux en ligne de mire, des rêves plein la tête, de la bonne humeur et du sérieux à revendre, elle qui a effectué son apprentissage au CEN de Berne et fait partie du programme pour sportifs d’élite de l’armée suisse. À l’aube d’une saison charnière, nous sommes allés lui rendre visite dans son fief de la Broye.
Angelika, quel fut votre premier contact avec les chevaux ?
La passion vient de ma maman, qui a toujours eu des chevaux, mais plutôt pour de la promenade. Quand j’étais petite, nous avions des chevaux à la maison, à Forst-Längenbühl, près de Thoune. On a encore une petite écurie avec deux poneys et ma jument Savoi Col de Joy, qui est désormais retraitée et qui a pouliné l’an dernier. Quant aux poneys, il s’agit du shetland avec lequel j’ai commencé et de celui avec lequel j’ai passé mon brevet. J’ai toujours eu des poneys et des chevaux à la maison, mais aucun pour le sport, plutôt pour du loisir.
Comment vous est venu l’intérêt pour la compétition et le complet ?
J’ai commencé à sauter pour passer le brevet, puis à sauter des obstacles naturels et j’ai adoré. Même si je ne viens pas d’une famille de cavaliers de sport, mes parents ont toujours fait tout leur possible pour que je puisse faire des concours.
Quand avez-vous décidé d’en faire votre métier ?
Je l’ai su aux alentours de la 8e année d’école. Je prenais un cours de saut par semaine avec Karin Rutschi, à Berne, elle m’a proposé de faire un stage et j’ai eu le déclic. À la fin de la semaine, c’était acté, « j’en ferai mon métier ! ». Au NPZ (CENB, ndlr), j’ai découvert le travail avec les jeunes chevaux et l’enseignement.
Expliquez-nous votre cursus professionnel.
Après mon CFC, je suis restée neuf mois au NPZ, à 50%. En parallèle, Peter Hasenböhler m’a contacté pour Fleur de Chignan CH, qui était pensionnaire à l’IENA, et qui cherchait un cavalier. Ça s’est super bien passé avec elle et avec son propriétaire Éric Brachet. C’est ainsi qu’a débuté l’histoire avec l’élevage de Chignan ! À Avenches, Myriam Lobsiger, qui loue une écurie à l’IENA, m’a proposé de travailler avec elle tout en développant ma clientèle. J’étais donc à 100% à Avenches. C’était une bonne transition. J’ai eu la chance de travailler les chevaux de Myriam et en parallèle de commencer à développer mon activité. C’était super cool ! Et donc au final, Fleur fut le premier cheval que l’on me confiait juste pour moi.
Comment avez-vous atterri à St-Aubin ?
Pendant que j’étais à Avenches, je cherchais une écurie avec des terrasses, beaucoup de parcs et de bonnes infrastructures. On est venu visiter tout au début des travaux et, avec mes propriétaires, on a été séduits par le projet d’Annelise (Eichenberger, ndlr), qui avait déjà eu une écurie à Payerne puis à Chabrey. C’est idéal et tout près de l’IENA.
Présentez-nous votre piquet de chevaux « de Chignan ».
Fleur (par Trésor Mail et Olga de Chignan/Padarco van het Herstveld) a maintenant 11 ans. C’est une jument très cool dans sa tête et facile pour tout, c’est elle que je prends si j’emmène un jeune en balade pour la première fois. Je l’ai montée jusqu’en 3* long puis elle s’est blessée. Après une grande pause, elle devrait reprendre les concours cette année. J’ai aussi Félin de Chignan CH (par Guidam Sohn et Gaufrette de Chignan/Wagenaar), que je monte depuis deux ans et demi et avec qui j’ai fait mes premiers 4* l’an dernier. Il veut toujours y aller, il cherche les obstacles mais il est très sensible, au bruit notamment. Il est génial sur le cross, rapide, parfois trop, avec une super tête, mais c’est plus compliqué en dressage ou en saut. On a du travail dans les autres disciplines, mais ça me plaît, on fait le chemin ensemble et c’est ce que je préfère. Ça ne m’intéresserait pas de n’avoir que des chevaux prêts. En cela, le meilleur exemple, c’est Gamin (de Chignan CH), le propre frère de Fleur, que j’ai débourré. On a concouru jusqu’en 2* long l’an dernier. Il a 10 ans, on l’a débourré à 6 ans et demi, donc très tard, mais il a toujours été cool dans sa tête, comme sa sœur. Il appartient à Annie Campiche, qui me confie aussi Amore de Chignan (par Baie de Villeclare et Élodie de Chignan/Wandango et qui a tourné jusqu’en 4* avec Caroline Gerber, ndlr). Elle a 15 ans et a eu une longue pause dans sa carrière. Elle est toute petite, mais elle a un cœur immense. On ne dirait pas qu’elle peut sauter tout cela et galoper ainsi quand on la voit comme ça. Elle sait ce qu’elle fait et me prend avec elle.
« Même si on a des objectifs de haut niveau, j’aime travailler progressivement, en prenant chaque cheval de manière individuelle. »
Et il y a encore le petit nouveau, Mirko de Chignan CH (par Fandzi de St Paul et Ultra de Rouhet).
Après ces quatre premiers « de Chignan », j’en voulais un à moi (rires) ! On a acheté Mirko avec ma maman, il vient de prendre 4 ans et commence à galoper tout seul. Il est très cool et facile. Il y a les cinq « de Chignan », Delayney du Lac, qui est à commercialiser, Tattoo, basé à Belp/BE chez sa propriétaire, et un petit galopeur qui courait avant à Avenches.
Le lien avec l’élevage de Chignan s’est donc fait via les propriétaires des chevaux.
Exactement ! Et tous sont de bons amis de l’éleveur, Monsieur Grosjean. Le point de départ a été Éric, qui m’a confié Fleur. Puis Annie, qui est la compagne d’Éric, a proposé d’aller chercher Gamin au pré et de me confier aussi Amore. En même temps, mon papa a décidé d’acheter lui-même son premier cheval, Félin. Et enfin, on a craqué pour Mirko.
À l’instar des autres membres de l’équipe de Suisse, vous pouvez compter sur des propriétaires fidèles et passionnés. Comment l’expliquez-vous ?
En complet, on a besoin de la connexion avec le cheval, d’une confiance réciproque et de former un vrai couple. Le chemin est peut-être plus long, mais les propriétaires savent que l’on va prendre notre temps et créer un vrai lien, notre discipline l’impose. C’est une démarche qui peut plaire aux gens.
Vous intéressez-vous à l’élevage ?
Surtout pour connaître les origines des chevaux, mais pas forcément pour élever moi-même. Ce qui m’intéresse le plus, c’est la formation du cheval, depuis le débourrage.
Vous atteignez le haut niveau pile au moment où l’équipe de Suisse est au top. Cette dynamique positive vous a-t-elle inspirée ?
Oui, beaucoup. De voir Felix Vogg au top niveau mondial, des chevaux suisses performer ou encore des résultats comme celui de Mélody (Johner) à Blenheim, ça tire vers le haut et ça motive. Outre Felix, on a aussi Nadja (Minder) qui est devenue une cavalière de 5* et pouvoir s’entraîner avec des personnes comme ça, c’est très motivant. De plus, notre chef d’équipe, Dominik Burger, fait tout pour tirer toute l’équipe en avant. Il nous trouve les meilleurs entraîneurs comme Andrew (Nicholson) et nos coachs de dressage. La dynamique est bonne, je suis presque toujours la plus jeune et tout le monde me prend sous son aile. Je sais que je peux leur demander de l’aide ou lancer un coup de fil à chacun si j’ai une question.
Votre première saison de 4* s’étant bien déroulée, comment voyez-vous la suite ?
Même si on a des objectifs de haut niveau, j’aime travailler progressivement, en prenant chaque cheval de manière individuelle. Cette année, il y a deux championnats du monde pour lesquels je suis déjà qualifiée, mais pas encore sélectionnée : Aix-la-Chapelle et les Mondiaux -25. On fera le meilleur choix le moment venu. Le grand objectif est surtout les championnats d’Europe d’Avenches l’année prochaine et de participer une fois aux Jeux olympiques.
« 30 ans, c’est encore jeune dans l’équitation donc il ne faut pas stresser. Tout n’est pas fini si, à 21 ans, tu n’as pas atteint tous tes objectifs. »
Quelle relation avez-vous avec vos chevaux ?
Je la vois comme un partenariat, je ne les considère pas comme « juste » des chevaux. On doit être à 100% ensemble, parfois c’est moi qui suis à 40% et mon cheval à 60%, ou l’inverse, mais ensemble on doit arriver à 100. Et le plaisir est très important. C’est une relation très intense, je suis avec eux tous les jours, c’est comme des meilleurs copains.
Quelle est votre philosophie dans le travail ?
Le travail est primordial, mais il faut aussi garder la motivation et le plaisir. Le mental du cheval est super important, il s’entretient en faisant de grandes balades, des longes, et pas juste en tournant en rond dans le manège.
Comment appréhendez-vous la notion de risque inhérente au concours complet ?
Avec la routine, l’expérience et une bonne préparation, le danger est beaucoup moins élevé. Mon point fort est que même avec l’adrénaline, j’arrive à garder la tête froide et mon feeling ne m’a jamais trahi. Et puis je pense être entourée de bonnes personnes avec mes propriétaires et mes entraîneurs. S’ils me disent que je suis prête, je sais que je le peux le faire et mon cheval aussi.
Que vous apporte Peter Hasenböhler, votre coach principal sur le cross ?
Déjà, il a vu des millions de chevaux et de cavaliers dans sa vie. J’aime sa manière d’enseigner et je m’en inspire. Il commence de manière naturelle et calme avec les jeunes chevaux. Il a pour habitude de dire que l’on doit d’abord entraîner le cerveau des chevaux, ils doivent chercher les sauts, comprendre ce qu’on attend d’eux, ne pas avoir peur.
Aimez-vous enseigner ?
Oui, j’ai quelques clients et je donne des cours de société. J’aime les voir progresser et comprendre leurs chevaux.
Quelles sont les clefs pour réussir la transition vers l’élite ?
La santé. J’ai vu de bonnes copines avoir du mal à passer les étapes en raison d’une blessure durant les juniors ou les -21. Il faut aussi être bien entouré et garder à l’esprit que l’on peut pratiquer notre sport jusqu’à 60 ans au moins. 30 ans, c’est encore jeune dans l’équitation donc il ne faut pas stresser. Tout n’est pas fini si, à 21 ans, tu n’as pas atteint tous tes objectifs.
De qui se compose votre équipe au quotidien ?
Je fais pratiquement tout moi-même. À la maison, il y a deux apprenties et l’une des deux travaille un peu avec moi. Je n’ai pas de groom, mais une bonne copine, Nadine, m’accompagne, elle prend toutes ses vacances pour ça, c’est trop chou ! Et j’ai toujours au moins un de mes deux parents. Mon papa ne monte pas, mais il conduit, brosse les chevaux et sait même brider. Ma maman fait tout et mes propriétaires sont aussi souvent là.
Parlez-nous de votre contrat de sportive d’élite avec l’armée suisse ?
J’ai fait les dix-huit semaines d’école de recrue à Macolin. C’était très intéressant de côtoyer d’autres sports et de rencontrer de nouvelles personnes. Maintenant, on a des cours répétition, soit minimum 30 jours par année, lors desquels je peux m’entraîner et aller en concours. Cela compte comme cours de répet’ et donne lieu à un salaire. En plus, nous avons accès à de bons médecins et physios à Macolin, c’est une grande chance.












