Alexis Goury: entre courage, précision et harmonie
Artisan de la médaille de bronze par équipe aux championnats d’Europe de Blenheim l’an dernier, Alexis Goury a signé la meilleure performance individuelle d’un effectif tricolore déjà bien affuté. En pointant à la 6e place avec Je’Vall, il a non seulement exprimé son talent, mais aussi démontré la portée d’une relation bienveillante avec les chevaux. Une construction qui s’opère sur le long cours et qui s’articule autour d’un respect mutuel. Avec ses deux chevaux de tête, Je’Vall et Colorée du Poteau Z, il a su conjuguer le temps, la patience au bénéfice de leur plein essor. Rencontre avec un chouette gars, discret, et presque timide.
Il aurait pu naître dans une famille de cavaliers, faire ses gammes à dos de poney avant de marcher, mais c'est dans les écuries de sa tante Sophie Masson que le jeune Alexis découvre le milieu, à 8 ans «seulement». De nature sportive, il se prend au jeu, confesse son goût pour le saut d'obstacles avant de définitivement s'orienter vers le concours complet. Sur son chemin, il croise Fréderic de Romblay, Eddy Sans, vainqueur de la première édition du cross indoor de Genève, et Philippe Mull qui l'accueille au Pôle France de Saumur. L’entraîneur le conduira au championnat d'Europe jeunes cavaliers à Montelibretti en 2016.
Trompe l'œil, tout sauf une illusion
En Italie, le Saumurois décrochera l'or par équipe et le bronze en individuel avec Trompe l'œil d'Emery, un cheval dont il dira qu'«avec lui, c'était quelque chose d'instinctif, un coup de cœur, puis, une histoire de couple ». Un écho qui le pousse comme réserviste aux Jeux mondiaux de Tryon (USA) en 2018, puis à la 7e place au CCI 5* de Pau. Néanmoins, miser sur le même cheval fixe des limites à ne pas dépasser pour le préserver et la difficulté revient à la faculté de rebondir, « construire d’autres chevaux, élaborer un système adapté à chaque cheval ».
« On est dans la recherche du bien-être, de la complicité et de l'accord entre deux êtres. Et là, on ne peut pas tricher. »
Alexis Goury
Un passage difficile, une vraie remise en question: « Un moment d'humilité chargé de doutes » assortis à un projet au Haras d'Ecorse où il s'installe en 2020 avec son épouse Fanny. Remettre l'ouvrage sur le métier, bosser, persévérer pour « prouver que l'on est capable de revenir ». Puis se diversifier, s'orienter vers la préparation des jeunes chevaux confiés par Robert Collet et autres éleveurs de la région, valoriser les chevaux de propriétaires (40 au total).
La bonne méthode
On dit que l'approche est plus belle que l'arrivée... Pour Alexis Goury, le succès passe par une longue période d'observation, d'écoute, de mise en confiance. Le lien essentiel pour créer une harmonie, et donner au cheval l'envie de se livrer: « Aujourd'hui, on est définitivement dans la recherche du bien-être animal, de la complicité, de l'accord entre deux êtres, et là, on ne peut pas tricher. » Et le cavalier de Morannes-sur-Sarthe d'ajouter que le complet lui permet, aussi, d'être plus juste en termes de qualité de vie équine, moins d'épreuves (3 à 5 par saison). Une récupération adaptée, un confort de vie pour optimiser la longévité de leur carrière. Pour preuve, l'âge du trio de tête du cross indoor de Genève 2025 affichait les 18 ans. Son combat: tenter de renoncer aux sollicitations lucratives et construire pour durer.
Depuis cinq ans, la méthode semble fonctionner. Les années de travail portent leurs fruits, grâce aussi à Anaïs Lecerf, leur employée. L'acquisition en 2023 par un collectif famille-amis de Je'Vall, un KWPN, âgé de 11 ans à ce jour, qui se trouve être un « formidable cheval de cross », n'a fait qu'optimiser la carrière d'Alexis. Celle de Colorée du Poteau Z (9 ans) a résolument armé ce fin cavalier de 30 ans. Fort de ces deux cracks, il peut laisser grandir les plus jeunes, les attendre sans les bousculer comme le prometteur Hatchi des Loges (8 ans), acheté à 4 ans par le syndicat du même nom, ou Fara des Loges (6e à Genève cette année) qu'il façonne patiemment.
Si les échéances proches (Mondiaux d'Aix-la-Chapelle en août) et à venir (championnats d'Europe à Avenches en 2027 et JO de Los Angeles 2028) nourrissent ses ambitions, elles ne cachent pas le long chemin à parcourir pour y arriver.
DU tac au tac
Quelles sont vos principales qualités ?
La détermination, l'humilité, la remise en question, le sens du travail.
Vos défauts?
Les défauts de mes qualités (rires).
Quel est le cheval que vous aimeriez avoir dans vos écuries?
London et Graffalo, mais ce n'est pas très original !
Si vous n'étiez pas cavalier?
Initialement, j'aurais pu être militaire ou chasseur alpin. Je prépare l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (171 km) l'aime l'endurance, les défis.
Hors équitation, quel est, pour vous, le modèle sportif?
Le biathlète Martin Fourcade, un sportif hors norme.
Du temps libre?
La course à pied, que j'ai pratiquée pour préparer Blenheim.
Quel est pour vous le plus beau concours complet?
Badminton, le graal, et le Mondial du Lion, exceptionnel.
Jean-Luc Force, Cédric Lyard, un nouveau stall pour l'équipe de France, qu'en pensez-vous?
C'est une équipe motivée, avec une grande ouverture d'esprit.
Que pensez-vous de l'équipe de Suisse?
Ce sont des cavaliers proches de leurs chevaux, des gens discrets et déterminés à la fois. Des gens sympas qui font leur bout de chemin et montrent de très bonnes choses
Laurence de Pescara












