Jason Smith: «Le public suisse m’a accueilli comme l’un des siens.»
En prenant une superbe 5e place dans le délicat Rolex Grand Prix avec Picobello van’t Roosakker, Jason Smith s’est révélé aux yeux du public suisse, qui a découvert le visage et ouvert grand les bras à cet Écossais d’origine, meilleur Helvète à Palexpo le dimanche 14 décembre. Un an après son tout premier 5*, sur cette même piste. Une ascension fulgurante.
Si son exceptionnel étalon Picobello van’t Roosakker avait déjà fait les grands titres, au sein de votre magazine, qui lui consacrait un portrait en mars dernier, et chez nos confrères de StudforLife, Jason Smith n’avait pas encore eu cet honneur. Peut-être parce qu’il se montre plus discret et réservé que son gris, qui crève l’écran. Pourtant, si un cavalier sans son cheval reste un piéton, chaque avion de chasse a besoin d’un pilote avisé. Et il se trouve qu’en Jason Smith, la superstar argentée peut compter sur un coéquipier raisonnable, qui sut faire les bons choix aux bons moments pour atteindre les sommets.
Né le 31 décembre 1990 en Écosse, Jason Smith vient d’une famille de passionnés de chevaux. Ses parents possédaient une petite ferme, dotée d’une écurie, à Ayrshire, 70 km au sud-ouest de Glasgow, et il a suivi les traces de l’un de ses deux frères aînés, Mark, qui s’entraînait alors avec Ted et Liz Edgar, première femme à remporter le Grand Prix d’Aix-la-Chapelle en 1980. Le cadet de la fratrie devient lui aussi un habitué des écuries Rio Grande du couple Edgar, comme les Broome, Skelton, Mändli, McNaught et cie. Il garde d’ailleurs un excellent souvenir de son passage à Leek Wootton avec ses poneys. Passé à cheval à 12 ans, Jason Smith se fait ensuite sa place au sein de l’équipe britannique juniors, participant à plusieurs Coupes des Nations.
De l’Écosse à la Suisse en passant par l’Allemagne
À l’âge de 16 ans, il part s’établir en Allemagne chez Dietmar Gugler, alors chef d’équipe et entraîneur de la relève germanique. Son stage de trois mois se transforme en un séjour de deux ans durant lequel le Britannique obtient le ticket de réserviste pour les championnats d’Europe juniors de Prague, en 2008, où pour l’anecdote un certain Martin Fuchs était médaillé de bronze individuel derrière la Zurichoise Stefanie Lauber. 16e en individuel, il assiste au sacre de l’Union Jack par équipe. C’est cette année-là que Jason Smith débarque en Suisse, à Oensingen/SO, chez Pius Schwizer.
« J’ai toujours dit que s’il y avait un cheval au monde que j’aimerais monter, c’était lui. »
Jason Smith
En 2011, alors que son mentor porte le brassard de n° 1 mondial, il participe aux championnats d’Europe jeunes cavaliers de Comporta. Au Portugal, il contribue à la médaille de bronze de son équipe. Quatre ans plus tard, il se lance à son compte sous le nom de la société « JS Sport Horses » avec sa compagne Julia qui deviendra en 2023 son épouse et la maman de leur petit Justin, âgé d’un an et demi. Dès lors, il prend ses quartiers à Schlierbach, près de Sursee, dans le canton de Lucerne, évolue au niveau 2-3* et classe régulièrement des Grands Prix nationaux, notamment avec Warrior de Pléville Z.
Un timing picobello
Sur le plan sportif, la carrière de Jason Smith prend un vrai tournant avec l’acquisition de Picobello van’t Roosakker (par Kassander van’t Roosakker et Canabis Z) par ses mécènes Mark Buhofer et la « Team Silvermoon » : « Ils m’aidaient depuis plusieurs années déjà et, il y a deux ans, nous avons décidé que nous étions prêts à passer à la vitesse supérieure. Nous nous sommes donc mis à la recherche d’un cheval. »
Si l’idée de base était de trouver une monture d’expérience, le « crush » de l’Écossais pour le gris fait pencher la balance en sa faveur : « Comme il était monté par Daniel Etter, je connaissais Picobello depuis qu'il était jeune. J’ai toujours dit que s’il y avait un cheval au monde que j’aimerais monter, c’était lui. Mais il avait 8 ans, nous n’étions pas sûrs. Finalement, après avoir cherché pendant un certain temps, on a décidé que la qualité et le potentiel énorme du cheval l'emportaient sur l’âge. Ça a peut-être pris un peu plus de temps pour en arriver là, mais je pense que ça en valait vraiment la peine. Il est le rêve de tout cavalier. »
« Je vis en Suisse depuis plus de seize ans, c'est chez moi.
Jason Smith
En parallèle, le natif de Glasgow opère un autre tournant majeur en optant pour la nationalité helvétique : « Je vis en Suisse depuis plus de seize ans, c'est chez moi. Ma femme et mon fils sont suisses. Ce fut un privilège de pouvoir changer de nationalité. J'avais toujours eu cela en tête et je trouve incroyable que le pays m'ait accepté en tant qu’individu et la Fédération en tant qu’athlète. Je me suis très bien intégré à l'équipe. Tout le monde me traite comme les autres. Cela m'a donné une chance fantastique de m'améliorer. »
Reculer pour mieux sauter
Cette année, le couple a montré beaucoup de régularité avec un double sans-faute au CSIO 3* de Mannheim en mai, puis d’honorables Coupes des Nations 5* à La Baule (4+5), Dublin (8+4), Bruxelles (0+8) et surtout un superbe double sans-faute à Falsterbo. En Grand Prix, le duo gagnait par deux fois à Samorin en 3* (150-155 cm).
En juillet dernier, forts de leur bon La Baule et en raison du manque de couples disponibles, Jason Smith et son crack auraient pu prétendre à l’un des cinq tickets pour les championnats d’Europe de La Corogne. Le néo-Lucernois a cependant fait le choix de la raison : « On rêve tous de participer à un championnat donc ça a été très difficile pour moi de renoncer. Toutefois, avec un cheval qui a autant de potentiel et de qualités, et en sachant je n'avais pas l'expérience nécessaire à ce moment-là, le risque était bien plus grand que la récompense. Nous avons parlé tous ensemble, en s’asseyant autour d’une table et en s’exprimant ouvertement. La conclusion a été qu’il valait mieux faire un pas en arrière et prendre le temps de construire l'avenir. C'était sans aucun doute la meilleure décision. »
Rendre à la Suisse ce qu’elle lui a donné
Quelques mois plus tard, à Palexpo, Jason Smith n’aurait pu rêver meilleure opportunité pour aller à la rencontre de son public qu’en se classant 5e du Grand Prix. Si les plus connaisseurs se souvenaient de sa belle 7e place dans l’UBS Challenge du samedi soir en 2024, le grand public a fait sa connaissance le dimanche 14 décembre : « C'est fou ! C'est un rêve devenu réalité. C'était mon premier Grand Chelem, je n'aurais jamais imaginé pouvoir participer à une épreuve de ce niveau il y a quelques années. Et me voilà, à Genève, double sans faute ! » Chaleureusement acclamé à la remise des prix, il se montrait ému de l’accueil réservé par son nouveau public.
« Les spectateurs m’ont traité comme un cavalier local. C’est très spécial et un privilège pour moi de pouvoir donner quelque chose en retour à ce pays qui a été fantastique avec moi », explique celui que l’on ne croisait jamais dans les allées du CHI sans son épouse et leur petit Justin. « C’était fantastique de vivre cela en famille et mes propriétaires étaient aussi présents. La conclusion du week-end n’aurait pu être plus belle ! »
Aix-la-Chapelle en ligne de mire
Le prochain objectif de Jason Smith, ce sont les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle pour lesquels l’équipe de Suisse pourrait bien avoir grand besoin de lui. D’ici là, place à du repos et à une gestion maîtrisée : « J’ai un petit plan en tête, mais il faut toujours y aller étape par étape et s’adapter en fonction des chevaux. Après Bâle (lire en p.48), Picobello aura droit à une pause. Il restera à la maison pendant quelques semaines, sans sauter, puis je recommencerai doucement, probablement à Oliva, juste pour le remettre en forme pour la saison extérieure. Et ensuite, on verra. Si tout va bien, j'espère pouvoir participer à nouveau à quelques Coupes des Nations, puis l'objectif final sera Aix-la-Chapelle. C'est à la fois un objectif et un rêve. »
« Picobello sait comment ça se passe là-bas, à moi d’apprendre »
Jason Smith
La Soers, ce serait une découverte pour le Suisse de 36 ans, mais pas pour sa monture qui a déjà foulé la mythique piste allemande dans le cadre des épreuves Youngsters sous la selle d’un certain Steve Guerdat, à qui Daniel Etter avait confié son crack quelques temps en 2023. « Picobello sait comment ça se passe là-bas, à moi d’apprendre », plaisantait celui qui aura l’occasion de s’initier au plus beau concours du monde à l’occasion du CHI traditionnel, prévu du 22 au 24 mai.
S’il ne compte qu’un seul crack dans la fleur de l’âge dans ses écuries, Jason Smith croit en ses jeunes dont One and Only Eda Z (8 ans), présent à Palexpo, qui « se débrouille bien », mais doit encore prendre de l’expérience : « Après Genève, le reste des troupes a droit à une grande pause et j’espère qu’avec un peu de chance et du travail, certains pourront venir épauler Picobello en 2026, ce serait fantastique.» Une année qui s’annonce sous les meilleurs auspices.
Elisa Oltra












