La joie de toute l'équipe de Kyle King après sa 2e place dans le Masters de Calgary en septembre dernier. © privée La joie de toute l'équipe de Kyle King après sa 2e place dans le Masters de Calgary en septembre dernier. © Privée

Premières foulées sur le Vieux Continent

En foulant la piste de Palexpo, Kyle King, cinquante ans, concourait pour la première fois hors Amérique du Nord. Ceci notamment grâce à sa surprenante 2e place dans le Masters de Calgary avec Kayenne Z, entre Scott Brash et Steve Guerdat. Cow-boy dans l’âme, cet Américain vit depuis de nombreuses années entre la Californie et le Canada. Il y chapeaute une écurie aux côtés de sa fille aînée Kallie, cavalière elle aussi, de sa seconde épouse Emily, canadienne et véritable cerveau de la structure – et de la carrière désormais 5* de Kyle King – ainsi que de leurs deux teckels, omniprésents sur les concours.

Kyle, comment se fait-il que vous n’ayez jamais concouru ailleurs qu’en Europe ?

J’ai une entreprise à faire tourner et une clientèle dont je dois m’occuper, donc traverser l’océan n’est pas une mince affaire. Concourir à ce niveau a toujours été un rêve, mais partir seul plusieurs semaines n’est jamais simple. Après ma performance à Spruce Meadows, dans le cadre du Rolex Grand Slam, l’opportunité s’est présentée. J’ai décidé de saisir ma chance et de venir ici, sur ce concours absolument incroyable.

Quelle a été votre réaction ?

Honnêtement, j’étais partagé. Même si Kayenne a réalisé de très bons résultats toute la saison, je ne l’avais jamais montée en indoor. Je ne l’ai que depuis février 2025. Elle est exceptionnelle, nous sommes encore un peu verts à ce niveau, mais elle n’a que 10 ans. Elle est clairement faite pour le très haut niveau, mais elle n’a pas beaucoup concouru à neuf ans, notamment parce que son ancien cavalier a été blessé.

Lors du Trophée, comment s’est-elle comportée en découvrant la piste ?

Très bien. L’arène est grande, ce qui m’a permis de trouver le galop qu’elle aime. J’ai vraiment eu le sentiment que le parcours se déroulait bien. Elle a sauté avec beaucoup de qualité sur toute la première partie. Pour une première à ce niveau et dans ce contexte, elle a très bien répondu. C’est une jument formidable. Elle est très franche, très courageuse, curieuse de tout. C’est un cheval avec un vrai caractère, mais dans le bon sens du terme. Je suis vraiment très heureux de l’avoir : c’est une jument spéciale.

J’ai toujours dû travailler dur, monter tous les chevaux qu’on me proposait, souvent des chevaux difficiles.

Kyle King

Pensez-vous que c’est le meilleur cheval que vous ayez jamais eu ?

J’ai eu beaucoup de chevaux dans ma carrière et j’ai gagné des Grands Prix avec différents partenaires. La grande différence ici, c’est que j’ai la possibilité de la garder sur la durée. Un ami m’a aidé à la sécuriser pour le sport de haut niveau. Jusqu’à présent, j’ai souvent monté des chevaux que je récupérais après d’autres cavaliers, que je devais remettre en route ou reconstruire. Là, j’ai l’opportunité de développer un vrai projet autour d’une jument cinq étoiles et de bâtir une équipe autour d’elle. C’est une chance incroyable et je suis très enthousiaste pour l’avenir.

Vous avez fêté vos cinquante ans en 2025. Avec autant de recul, comment vit-on le fait d’arriver au plus haut niveau ?

C’est extrêmement gratifiant. J’ai toujours pensé être un bon cavalier, mais je ne viens pas d’un milieu très fortuné. J’ai toujours dû travailler dur, monter tous les chevaux qu’on me proposait, souvent des chevaux difficiles. Aujourd’hui, mon entreprise fonctionne très bien, j’ai une clientèle solide et tout est stable à la maison. Cela me permet enfin, financièrement et logistiquement, d’organiser un vrai programme cinq étoiles. Après des années de concours nationaux, de chevaux de commerce, pouvoir montrer mon équitation à ce niveau est très satisfaisant. Tant que mon corps tient, je me vois continuer encore au moins dix ans.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre structure ?

Nous avons environ trente chevaux. Trois à quatre jeunes cavaliers travaillent avec moi : je les entraîne et ils montent leurs propres groupes de chevaux. De mon côté, j’en ai entre sept et neuf. Nous avons deux bases : Vancouver, au Canada, et Indio, en Californie. Nous passons l’hiver en Californie, d’octobre à avril, puis l’été au Canada, à proximité immédiate de Thunderbird et à distance raisonnable de Spruce Meadows. Nous faisons principalement ces grands circuits, ainsi que quelques concours locaux en Californie une fois la saison de Thermal terminée.

Il paraît que vous êtes en train d’obtenir le passeport canadien…

Oui, c’est officiel, la démarche est en cours. Je ne l’ai pas encore en main, mais tout est lancé et j’espère que ce sera réglé en début d’année. Je suis très fier d’être Américain et je le resterai toujours, mais pour ma carrière sportive, il y a davantage d’opportunités internationales pour moi sous les couleurs canadiennes. Le Canada a toujours été ma seconde maison : j’y ai passé tous mes étés, beaucoup de mes chevaux viennent de là-bas, mon père y faisait beaucoup d’affaires. D’ailleurs, tout le monde a toujours pensé que j’étais canadien.

J’aime traiter les humains et les chevaux comme j'aimerais être traité.

Kyle King

Quelle est votre philosophie à l’égard des chevaux ?

J’aime traiter les humains et les chevaux comme j'aimerais être traité. À l’époque, une journée typique pour moi lors d'un concours hippique consistait simplement à venir à pied avec ma selle, et à la fin d'une semaine ou d'un circuit, j’avais six ou sept chevaux à remettre sur pied et à faire progresser. Et ceux-là devenaient souvent mes chevaux de Grand Prix. Ce n'était peut-être pas la méthode la plus intelligente, mais c'était la seule que je connaissais vraiment. Je pense que ma philosophie avec les chevaux a toujours été de trouver ce qu'ils font le mieux. C'est la même chose avec les personnes qui travaillent pour moi. J'essaie de comprendre leurs motivations.

Qui vous entraîne ?

Ma femme a un très bon œil maintenant, et je regarde beaucoup mes parcours. Sinon, on se donne tous des conseils entre nous. On a l’immense chance d’avoir Conor Swail qui fait les mêmes circuits que nous sur la côte ouest, mais je n’ai donc pas de coach attitré, ce qui pourrait être bien.

Quel rôle joue votre famille dans votre carrière ?

J'ai été élevé un peu comme un cow-boy. C'est en quelque sorte mon mode de vie. Je n'étais peut-être pas le plus concentré. Aux États-Unis, c’est très coûteux, la plupart des Européens seraient choqués de savoir ce que coûte le foin, sans parler du ferrage. J'ai toujours pensé que les gens qui avaient l'argent pour me sponsoriser verraient mon talent et voudraient m'aider. Mais ça ne marche pas comme ça. Il faut faire fonctionner le système de la bonne manière et ma femme a provoqué ce tournant dans ma carrière. Elle est essentielle, elle dirige pratiquement tout : l’organisation, la stratégie, le fonctionnement quotidien. Elle monte encore, mais ne concourt plus. C’est vraiment la directrice des opérations. Ma fille Kallie travaille aussi avec moi (la cadette vit aux États-Unis avec sa mère, ndlr). Et plus largement, je viens d’une famille de gens de chevaux : mon père était marchand et entraîneur, mes oncles aussi. J’ai grandi dans ce milieu, ma mère montait également. Je ne connais rien d’autre que cette vie-là. Malheureusement, mon père est décédé il y a six ans. C’est dommage qu’il ne soit pas là pour nous voir évoluer à ce niveau, car nous avons énormément travaillé pour y parvenir.

Du tac au tac

Si vous n’étiez pas cavalier ?

Peut-être coureur automobile, j’ai toujours aimé ça et je suis attiré par la compétition.

Pratiquez-vous d’autres activités ?

Plus maintenant, je passe mon temps m’occuper de mes chevaux et aider mes jeunes cavaliers. C’était chouette de conduire ma Harley en Floride, mais aujourd’hui j’aime être à la maison avec ma femme et nos teckels.

Un film préféré ?

Gladiator, Top Gun, ce genre-là.

Avez-vous une chanson préférée, un artiste préféré ?

J’adore la musique, la vieille country par exemple ou le rock. Mon groupe préféré de tous les temps est Guns N'Roses et j’aime aussi Pink Floyd.

Un plat préféré ?

Le steak, j’en mange tous les soirs.

Êtes-vous superstitieux ?

C’est un peu embarrassant, mais je fais en sorte que mes chaussettes soient assorties à mes sous-vêtements !

Propos recueillis par Lena Vulliamy


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