Stephan de Freitas Barcha s’est fait un nom en Europe ces dernières années. Le sympathique Brésilien fera même partie des favoris aux Mondiaux d’Aix-la-Chapelle cet été. © Luis Ruas Stephan de Freitas Barcha s’est fait un nom en Europe ces dernières années. Ultra régulier, le sympathique Brésilien fera même partie des nombreux favoris aux Mondiaux d’Aix-la-Chapelle cet été. © Luis Ruas

Stephan de Freitas Barcha : de Rio aux JO

Cet été, à Aix-la-Chapelle, Stephan de Freitas Barcha fera partie de la (longue) liste de prétendants au titre mondial. Ultra régulier depuis trois ans avec sa belle Primavera, le Brésilien, sacré aux Jeux panaméricains en 2023 et 5e des Jeux olympiques de Paris en individuel, s’est discrètement fait une place parmi les ténors du saut d’obstacles mondial. Ne venant ni d’une famille de cavaliers, ni d’un grand pays de cheval, le chaleureux cavalier de 36 ans nous raconte son histoire, sa relation avec ses mentors Nelson Pessoa et Philippe Guerdat, ainsi que celle qu’il entretient avec ceux à qui il dit tout devoir, les chevaux.

Stephan, comment avez-vous débuté l’équitation ?
Personne ne monte à cheval dans ma famille, ma maman est médecin et mon père travaille aussi dans le domaine de la santé. Il avait de bons amis dans la campagne de Rio et je l’accompagnais pour voir les chevaux et les taureaux, qui sont très populaires au Brésil. Je demandais toujours à y retourner. Ça mettait ma maman en colère, car normalement un enfant de Rio comme moi aime aller à la plage. Finalement, elle m’a emmené dans un club (la sublime Sociedade Hípica Brasileira, située au pied du Christ Rédempteur et composée de 54’000 m2 et 350 boxes, ndlr), j’ai commencé à monter là-bas, à cinq ans, et je n’ai jamais arrêté.

On imagine qu’il n’a pas dû être facile de trouver par la suite des chevaux pour progresser.
En effet ! Je ne viens pas d’une famille riche et l’équitation n’est pas très populaire au Brésil. Donc on a fonctionné ainsi : mon père a pu m’acheter un premier cheval, mais je devais avoir de bons résultats pour ensuite le vendre puis en acheter un meilleur. Et ainsi de suite. J’ai eu des soutiens dès les juniors, dont celui de Doña Isabel, une femme importante qui payait mes frais pour que je puisse participer à des compétitions. Et une fois, alors que je n’avais pas de cheval, un ami m’en a prêté un pour participer à un concours important au Brésil et j’ai gagné. Ce sont toutes des histoires comme cela. Ce n’était pas facile, mais j’ai toujours trouvé un moyen de faire de la compétition.

Quand et comment êtes-vous venu en Europe ?
C’était il y a quinze ans environ. J’avais déjà reçu des invitations auparavant. La première fois, c’était notamment pour essayer un cheval, à dix-sept ou dix-huit ans. Les gens me demandaient si je souhaitais rester, mais j’ai toujours voulu faire quelque chose dans mon pays, me faire un nom. Au Brésil, j’ai gagné des compétitions children, juniors et jeunes cavaliers en étant champion national à chaque étape et champion d’Amérique du Sud chez les juniors. 

« J’ai toujours voulu faire quelque chose dans mon pays, me faire un nom. »

En 2011, je suis venu grâce à Nelson Pessoa qui a été une personne très importante dans ma carrière et qui reste un bon ami. C’était juste avant les Jeux olympiques de Londres pour lesquels j’avais un cheval, mais je n’étais pas assez bon. À ce moment-là, j’ai pris conscience que si je restais au Brésil, je ne serais pas au niveau et n’aurais pas de cheval pour m’accompagner quatre ans plus tard. Or, mon rêve était de concourir chez moi à Rio. J’ai donc déménagé en Europe, déniché un cheval brésilien que les propriétaires ont été d’accord d’envoyer outre-Atlantique et qui a beaucoup progressé. J’ai été aux côtés de Neco pendant cinq ans, entre 2011 et les JO de Rio. Il m’a permis d’être assez bon pour disputer les Jeux olympiques dans ma ville et de réaliser un rêve (hélas gâché par une disqualification pour trace de sang, un peu comme celle de Pedro Veniss huit ans plus tard à Paris, ndlr).

Vous avez toutefois gardé une grande implication au Brésil avec votre entreprise « Chevaux ».
En effet, le sport se passe en Europe, mais mon entreprise est au Brésil. Je vis donc une partie du temps à Brasilia, la capitale, tout près de l’aéroport. Je suis basé dans un club, où je loue les installations. Les clubs sont très populaires au Brésil. Celui-ci est immense, très vert, avec un parc. J’ai tout ce qu’il faut pour pratiquer mon sport et progresser. Il y a des paddocks, un manège couvert, une carrière extérieure. J’y ai au total 58 chevaux et j’adore cet endroit, je pense que c’est le meilleur pour avoir un cheval, pratiquer le sport et obtenir de bons résultats. C’est aussi de là que vient Primavera.

Comment trouvez-vous l’équilibre entre les deux continents ?
Cela n’a pas été facile durant ces sept dernières années. Je retournais deux fois par mois au Brésil, où vivaient aussi ma femme Roberta et nos trois enfants, Eduardo, Maria Clara et Maria Júlia. J’étais épuisé, mais nous avons désormais trouvé une solution puisque ma famille vient d’emménager au Portugal et que je prévois d’être davantage en Europe.

Vous disiez qu’à l’époque, le problème pour les cavaliers brésiliens était qu’il fallait venir en Europe pour progresser dans le classement mondial, et qu’il était difficile, avec peu de points rankings, d’accéder aux concours européens.
Et ça reste toujours notre problème… Quand je suis au Brésil, je participe à tous les concours importants, mais ce sont principalement des concours nationaux car il est difficile financièrement pour notre pays d’organiser des CSI, notre monnaie n’étant pas assez forte pour doter suffisamment les épreuves. Cela fait que la plupart de l’année, je ne marque pas de points, même si je gagne beaucoup de 150-155 cm. Quand je suis arrivé, je pointais à la 600e place du classement mondial, maintenant je tourne autour du top 30.

C’est donc via les Coupes des Nations que vous vous êtes frayé votre chemin.
Pour pouvoir viser les 5*, c’est le seul moyen. Enfin, soit on paie pour certains CSI 5*, soit on est assez bon pour faire partie de l’équipe brésilienne et monter les CSIO, pour moi, c’était clairement la seconde option. Les Coupes des Nations sont importantes, j’aime beaucoup cette ambiance, concourir en équipe et performer non pas pour soi, mais pour son pays. 

Aux Jeux olympiques de Paris, le natif de Rio et sa Primavera ont pris une excellente 5e place en individuel, à un rien du barrage pour les médailles. © R&B Presse Aux Jeux olympiques de Paris, le natif de Rio et sa Primavera ont pris une excellente 5e place en individuel, à un rien du barrage pour les médailles. © R&B Presse

De 2018 à 2024, vous étiez sous la houlette du Jurassien Philippe Guerdat. Quelle est votre relation avec lui ?
Philippe Guerdat est un coach, un mentor, un ami et un père. J’ai travaillé avec lui dans l’équipe brésilienne jusqu’en 2024 et toutes les belles victoires que j’ai remportées dans ma carrière, c’était avec lui à mes côtés, nous avons tout gagné ensemble. Il m’a beaucoup aidé en tant que chef d’équipe, mais désormais, je dois dire que je profite encore plus de sa présence parce que c’est devenu une relation plus personnelle. Nous passons plus de temps ensemble, nous parlons plus. Je sais que pour lui aussi, c’est important d’être avec les gens qu’il aime. Avant le CHI de Genève par exemple, je suis allé quelques jours chez Steve (Guerdat, ndlr)  pour être près de Philippe. Ensuite, on a traversé la Suisse en train les deux, en discutant pendant trois heures. C’était un beau moment. Il est difficile de trouver les mots pour exprimer à quel point Philippe est important dans ma carrière.

Parlez-nous de votre jument Chevaux Primavera Imperio Egipcio (par Calvaro F.C.) avec laquelle vous avez accompli tant de belles choses.
J’ai commencé à monter Primavera quand elle avait 6 ans. Elle était difficile, avait beaucoup de caractère. Elle est toujours comme ça, même à 15 ans. C’est une jument incroyable. Nous avons tout fait ensemble, nous avons commencé au Brésil sur 120 puis 130 cm. S’en sont suivis  les Grands Prix et deux titres de champions du Brésil (arrivant parfaitement prêts en Europe avec d’emblée une victoire dans le Grand Prix 4* de Montefalco puis une 3e place dans le GP Rolex de Rome dans la foulée, ndlr). Je profite simplement du moment présent à ses côtés. Je la connais très bien et elle me connaît aussi, je sais ce qu’elle aime. Vous ne pouvez pas lui faire faire ce que vous voulez quand vous voulez. Elle aime être libre, aller au paddock. En piste, elle est  incroyable et elle me rend les choses faciles, elle aime sauter. Mon travail consiste à lui proposer une bonne distance et à la laisser faire.

« Les chevaux m’ont tout apporté ! Ils m’ont donné une carrière et aussi une famille. »

Diriez-vous que vous vous adaptez davantage à elle qu’elle à vous ?
Généralement oui. Je dois être l’équilibre dans notre relation car quand elle se met en colère, c’est difficile. Je travaille tous les jours pour essayer de lui procurer plus de plaisir, la laisser respirer et profiter. Ce n’est pas une jument qu’il faut travailler, gymnastiquer ou faire sauter. J’essaie de la laisser tranquille pour qu’elle soit en forme pour la compétition. Ça me procure plus de plaisir d’aller me promener dans les bois avec elle que d’essayer de « l’améliorer ».

Justement, vos chevaux vivent beaucoup dehors, non ?
Oui, l’idée est de laisser les chevaux… être des chevaux ! C’était incroyable de constater cela aussi chez Steve (Guerdat), de voir un cavalier de haut niveau comme lui, un champion olympique, laisser ses chevaux être des animaux. J’essaie de faire la même chose depuis des années. J’ai eu des chevaux qui ont sauté jusqu’à l’âge de 20 ans donc je crois réellement que c’est la meilleure façon de pratiquer ce sport. Il faut considérer chaque cheval de manière individuelle. Certains préfèrent se promener, d’autres aiment mieux le paddock.

Qu’est-ce que votre victoire aux Jeux panaméricains, puis votre 5e place aux Jeux olympiques de Paris, ont changé dans votre vie ?
En tant que cavalier, j’ai réalisé un rêve. Je rêve toujours de remporter une médaille olympique, alors je travaille dur, en espérant que la prochaine fois soit la bonne. Nous étions proches à Paris, on verra à Los Angeles. Sinon, le public me connait un peu mieux. J’ai un nom fort dans mon pays, mais mon pays est loin donc je m’en fais un ici en Europe. Je ne suis pas meilleur que les autres, mais en travaillant, je peux obtenir de bons résultats. Et si je gagne une épreuve, je suis conscient que je ne serai pas le meilleur le lendemain car ce sport évolue très rapidement. Parfois, il est difficile de célébrer car le jour d’après, vous devez faire vos preuves à nouveau. C’est notre sport. J’ai trouvé cet équilibre, surtout depuis que je suis père. Je sais ce qui est important, ma famille, mes enfants, c’est ce qui compte vraiment. Pour être bon, je dois garder l’esprit calme, travailler dur et… avoir de bons chevaux.

À ce propos, parlez-nous de votre collaboration avec Imperio Egipcio, qui possède en partie plusieurs de vos chevaux.
Ils occupent une place importante au Brésil. La relation a commencé parce qu’ils voulaient acheter Primavera. Je leur ai dit à plusieurs reprises que la jument n’était pas à vendre alors un jour, ils ont changé leur approche et m’ont demandé comment est-ce qu’ils pouvaient m’aider avec elle. En 2023, ils ont acheté une part de Primavera et ce fut le début de notre collaboration. Ayant ma propre entreprise au Brésil, c’est une relation différente car je ne travaille pas que pour eux. Nous sommes ravis car tous les chevaux que j’avais achetés et dont ils ont acquis la moitié performent bien. Ils ont aussi sécurisé Nimrod de Muze pour soutenir Pedro (Veniss) afin que le cheval puisse porter les couleurs du Brésil aux Jeux olympiques de Paris. Pedro est un bon ami, un bon coéquipier, il a travaillé dur, c’était une bonne chose pour lui et pour le Brésil.

Stephan de Freitas Barcha décrochait l’or individuel et le bronze par équipe aux Jeux panaméricains de Santiago 2023, faisant la joie de son chef d’équipe d’alors et conseiller d’aujourd’hui Philippe Guerdat, qu’il considère comme un deuxième père. © coll. privée Stephan de Freitas Barcha décrochait l’or individuel et le bronze par équipe aux Jeux panaméricains de Santiago 2023, faisant la joie de son chef d’équipe d’alors et conseiller d’aujourd’hui Philippe Guerdat, qu’il considère comme un deuxième père. © coll. privée

Quid de votre deuxième atout, Dinozo (Un Prince) Imperio Egipcio (par Diamant de Semilly), 1er du petit Grand Prix de Rome (155 cm), 4e du Prix de Rhénanie-Westphalie (160 cm) à Aix-la- Chapelle, double sans faute dans la Coupe des Nations de Bruxelles, 2e du Grand Prix du CSIO 5* de Gassin et 1er d'un GP 4* à Vejer en mars ?
C’est un très bon cheval français que nous avions acheté à Doda de Miranda. Ensemble, ils gagnaient tout au Brésil. J’essayais de trouver un cheval pour épauler Primavera, mais même avec davantage de moyens, c’était difficile, les chevaux que j’aimais coûtaient une fortune. Je n’aurais jamais imaginé que Doda se sépare de Dinozo. Mais pour moi, il a été d’accord de le vendre. Dans l’équipe, il y a aussi Hex Lup, qui gagne tout le temps sur 145 cm (vainqueur, entre autres, de deux épreuves dont la chasse à Aix-la-Chapelle, d’une à Rome en 2024 ainsi que de la chasse il y a deux ans à Genève, ndlr). Il est incroyable !

Avoir deux chevaux pour jouer le jeu dans un Grand Prix 5*, on imagine que ça change la donne.
En effet, j’ai réellement le choix entre les deux.

Il paraît que vous avez aussi concouru en endurance !
Lorsque j’ai créé ma société au Brésil, j’avais un partenaire issu de l’endurance. Ce fut l’occasion d’en apprendre un peu plus sur ce monde. J’ai juste fait deux ou trois compétitions (dont le 1* de Brasilia en 2018, ndlr) pour en savoir un peu plus sur comment ça marche. C’était sympa, mais deux ou trois courses m’ont suffi, c’est long 80 km (rires) ! J’ai utilisé beaucoup de connaissances que j’ai tirées de cette expérience pour mes chevaux, sur comment les avoir en forme et en bonne santé.

Comment définiriez-vous votre relation avec vos chevaux ?
La gratitude, c’est le premier mot qui me vient à l’esprit car les chevaux m’ont tout apporté ! Ils m’ont donné une carrière et aussi une famille, car c’est dans ce milieu que j’ai rencontré ma femme qui est une cavalière amateur, elle tourne sur 135-140 cm. Tout ce que j’ai, tout ce que je fais de bien, c’est grâce au monde du cheval. J’aime ce que je fais et j’en suis reconnaissant chaque jour. J’ai déjà fait beaucoup de chemin, j’ai encore envie de progresser, mais en respectant mes chevaux et en les laissant être des chevaux.

Comment se composent vos équipes ?
En Europe, j’ai deux grooms. Au Brésil, depuis la création de mon entreprise, j’ai beaucoup de cavaliers, environ sept, et dix à douze palefreniers, c’est une grande organisation.

Enseignez-vous ?
Deux de mes sept cavaliers au Brésil sont aussi enseignants et je regarde toujours les vidéos. Je peux ainsi les conseiller. On utilise beaucoup la technologie, mais ça marche, les clients sont contents et nous avons obtenu de très bons résultats. Les gens ont compris pourquoi j’étais beaucoup sur mon téléphone.

L’élevage vous intéresse-t-il ?
Oui, j’ai même des poulains de Primavera ! Sinon j’achète aussi des jeunes chevaux, c’est comme ça que j’essaie d’avancer.

Propos recueillis par Elisa Oltra


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